lundi 18 février 2013

Accord de paix : propositions


Tandis qu'Israël est entrain de se doter d'un nouveau gouvernement – et que les Palestiniens ne s'entendent toujours pas entre Hamas et Autorité palestinienne – je n'oublie pas que le plus important sera pour les parties concernées d'atteindre la paix. Cette paix, Israël la mérite depuis 1948, date à laquelle l'ONU a confirmé sa déclaration d'indépendance et que les Arabes ont combattue ; le peuple palestinien la mérite, lui qui a eu le malheur d'avoir des leaders qui ont toujours été intéressés à d'autres objectifs que la paix. 
Le président américain Barack Obama a déclaré récemment qu'il se rendrait dans la région au mois de mars. L'occasion doit être saisie pour relancer un processus de paix moribond. Pour cela, il faudra convaincre les leaders politiques israéliens que le statu quo ne peut plus durer, pour le bien du peuple palestinien avant tout, mais également pour les Israéliens eux-mêmes. D'autre part, il faudra convaincre les leaders politiques palestiniens de choisir le chemin de la paix. Pour le Hamas, ses dirigeants devront décider de mettre fin à leur volonté d'éradiquer l'État d'Israël – ce qui signifie cesser la lutte armée et reconnaître l'État hébreu – et pour l'Autorité palestinienne, il faudra que Mahmoud Abbas ait le courage de désavouer le Hamas – si celui-ci continuait sur son chemin actuel – et de retourner à la table des négociations qu'il a abandonnée depuis plusieurs années.


Je présente ci-dessous ce qui serait mes propositions au Président américain si j'étais son conseiller. En agissant de la sorte, j'utilise le privilège du citoyen du monde qui possède un accès à internet et la possibilité d'exposer ses idées sans être menacé d'aucune sorte. Ses propositions sont évidemment ouvertes aux critiques constructives ; leur caractéristique est de se vouloir réalistes et de mettre la notion de compromis au centre des pourparlers. (Pour avoir plus d'explications à propos de ma démarche, on peut lire ce texte.)

Présupposés
  • Les parties prenant part aux négociations adhèrent au concept de « deux nations, deux États » qui signifie la reconnaissance mutuelle et le droit des deux parties à vivre dans leur propre pays. Du côté palestinien, cela exclut pour l'instant le Hamas, tandis que du côté israélien, le premier ministre Benyamin Netanyahou devra s'assurer que ce concept recevra un accueil positif (c'est-à-dire majoritaire) à la Knesset.
  • Les parties s'engagent à faire ratifier par leur parlement respectif l'accord qu'elles auront signé.

Points de négociation
1. Limites territoriales de 1967
Les futures frontières entre les deux États devront suivre à peu de chose près les limites tracées après le conflit de 1967 (accord de principe de Mahmoud Abbas).

2. Statut de Jérusalem
La ville de Jérusalem doit être la capitale des deux pays. Cela signifie que ce qu'on appelle aujourd'hui « Jérusalem-est » deviendra la capitale de l'État de Palestine (accord de principe de l'ancien premier ministre israélien Ehud Olmert)1.

3. Droit de retour des réfugiés palestiniens
Les deux parties discuteront d'un accueil symbolique en Israël d'un nombre limité de familles palestiniennes2 originaires de ce qui est aujourd'hui l'État d'Israël. À l'exception de ce geste symbolique, la partie palestinienne accepte d'abandonner la revendication du droit de retour des Palestiniens3.

4. Sécurité des Israéliens au sein de l'État palestinien
Les deux États s'engagent à assurer la sécurité de tous leurs citoyens, sans égard pour leurs croyances religieuses. Conséquemment, il sera offert aux Israéliens qui vivent aujourd'hui dans ce qui sera le futur État palestinien d'obtenir la nationalité palestinienne. Leur sécurité sera – d'une façon provisoire – assurée conjointement par les forces de police palestinienne et israélienne.

5. Levée du blocus de Gaza
Dans les jours qui suivront la signature par les deux parties du traité de paix, Israël mettra fin au blocus de la bande de Gaza (c'est-à-dire du contrôle de l'espace maritime de la bande de Gaza.

Alternatives au traité de paix 
Dans l'éventualité où ce traité de paix ne pourrait pas être signé par les deux parties4, il sera mis fin aux négociations entre celles-ci. Il sera alors demandé à la communauté internationale (à travers le Conseil de sécurité de l'ONU) de reconnaître les frontières actuelles de l'État d'Israël – avec la ville de Jérusalem en sa totalité comme capitale de cet État – comme définitives. En même temps, il sera laissé aux Palestiniens le choix de choisir leur préférence : un État palestinien qui inclurait les territoires actuels de la bande de Gaza et de la Cisjordanie, d'envisager une annexionde la bande de Gaza par l'Égypte, de créer une confédération entre la Cisjordanie et la Jordanie ou d'autres éventualités qui pourront voir le jour.
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Notes
1 Pour les Israéliens, cet aspect du traité sera certainement le plus difficile à faire accepter par leur parlement. Nous pensons toutefois que cela sera possible en considérant l'effort demandé aux Palestiniens en ce qui concerne le droit de retour des réfugiés (voir point suivant).
2 Un accord devrait intervenir sur l'accueil de quelques centaines de familles.
3  L'origine précise de l'existence des réfugiés est un sujet qui ne fait pas l'unanimité chez les historiens. Dans tous les cas, dans la mesure où un effort important est demandé à la partie israélienne en ce qui concerne le statut de Jérusalem, il est demandé un effort tout aussi conséquent aux Palestiniens.
4 Vraisemblablement à cause du refus israélien de séparer la ville de Jérusalem ou le refus palestinien d'abandonner la revendication du droit de retour pour les réfugiés.
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Accord de paix : explicatif


Je publie aujourd'hui un accord de paix entre Israël et les Palestiniens issu de ma réflexion. Cet accord se veut réaliste et place l'atteinte de la paix comme une obligation. Comme tous les compromis, on pourra estimer qu'il est satisfaisant... pour aucune partie. Pourtant, si l'on garde la paix comme objectif obligatoire, il n'existe pas d'autres possibilités que les compromis.


Cet accord tient compte des aspects suivants :

  • Chacune des deux parties sont déjà prêtes à s'entendre sur les frontières du futur État palestinien : celles de l'armistice de 1967.
  • Chacune des deux parties possède un élément de négociations qu'elle sait perdu d'avance, mais qu'elle conserve afin de le faire peser dans les négociations.
    Du côté palestinien, la revendication du droit au retour des réfugiés palestiniens ne pourra jamais être acceptée par l'État d'Israël. La raison de cette impossibilité est double : 1) Israël estime que si les Palestiniens avaient accepté en 1947 la décision de l'ONU de voir créer deux États – un juif et un arabe – côte-à-côte, il n'y aurait pas eu de réfugiés. 2) Dans tous les conflits, la notion de « réfugiés » a toujours été accordée aux personnes qui ont fui un lieu géographique particulier, mais pas à leurs descendants. L'exception qui a été faite pour les réfugiés palestiniens n'a jamais été acceptée par l'État d'Israël. La différence entre ces deux définitions est importante : 800 000 personnes dans le premier cas et plus de 4 millions dans le second. 3) Il semble impossible de demander à un pays d'à peine plus de 6 millions d'habitants d'accueillir plus de 4 millions d'habitants.
    Du côté israélien, l'idée de séparer la ville de Jérusalem et d'en faire une capitale pour deux pays touche le cœur de l'immense majorité des Israéliens. Pour différentes raisons (politiques, de sécurité, religieuses...) cette possibilité semble hors de vue. Pourtant, devant l'insistance des Palestiniens à faire de cette ville leur capitale, on envisage difficilement qu'un accord puisse être trouvé qui laisserait toute la ville aux mains israéliennes. Ainsi, même si les aspects sécuritaires ne devront pas être ignorés – et qu'une formule devra être trouvée afin que des éléments déstabilisateurs ne pourront pas s'introduire en Israël depuis Jérusalem, les Israéliens n'auront pas d'autres choix que de partager la ville en deux.
  • Des alternatives au traité de paix sont proposées. La raison est qu'il nous semble peu probable que le Hamas puisse donner son accord à un tel traité. L'avenir dira si ce mouvement acceptera de changer son approche, mais dans la mesure où cela ne nous semble pas être le cas, ces alternatives permettent de sortir d'une situation qui serait autrement bloquée.

Les commentaires sont certainement les bienvenus, mais il serait apprécié de garder l'aspect réaliste de la situation. Chaque partie peut rêver ce qu'elle veut, mais cela est sans aucun doute la meilleure recette pour que le conflit fasse encore les unes des médias dans un demi-siècle.
D'autre part, si l'on désire qu'une paix puisse être acceptée par les deux parties, il est nécessaire d'admettre que chacune doit faire des efforts importants.
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jeudi 14 février 2013

L'affaire Mohammed Al Dura


Au mois de septembre 2000, lors d'un échange de feu entre l'armée israélienne et des palestiniens, des images difficiles ont été filmées à propos du jeune Mohammed Al Dura et de son père. Sous les balles, le père demandait un arrêt des tirs, tandis que son enfant tentait de se protéger sur ses genoux.

Quelques instants plus tard, on aperçoit le jeune Mohammed et une voix qui crie : "L'enfant et mort ! L'enfant est mort !" Que s'est-il passé exactement ce jour-là ?

Pour le journaliste d'Antenne 2 - Charles Enderlin - le doute n'existe pas : ce sont les tirs de l'armée israélienne qui ont tué l'enfant. Selon Philippe Karsenty, il s'agit plutôt d'une imposture : l'enfant n'a jamais été tué, les tirs provenaient des Palestiniens et le tout devait servir à démontrer l'agression israélienne. Ni Charles Enderlin, ni Philippe Karsenty n'étaient sur les lieux de l'incident. Comment savoir ce qui s'est passé réellement ?

Le documentaire (en deux parties) présenté ci-dessous dresse le tableau des points obscurs de cette affaire. Sans prendre position, ses auteurs relèvent les contradictions que nous pouvons apprécier à leur juste valeur. Il est important de regarder ce documentaire afin de se faire une idée précise de l'affaire.





En résumé, les questions les plus importantes à se poser sont les suivantes :
  1. Des examens ont prouvé que les tirs d'armes qui sont censés avoir tué le petit Mohammed ne pouvaient pas provenir du côté israélien. Dans ce cas, de quel côté provenaient-ils ?
  2. L'enfant - après avoir été déclaré mort - semble avoir bougé tout seul de place à plusieurs reprises. Comment cela fut-il possible ?
  3. Des images tournée quelques secondes après le drame ne montrent aucune trace de sang à l'endroit où l'enfant aurait été tué. Plus tard, lorsque les journalistes furent invités pour filmer les lieux, on aperçoit une grosse flaque de sang. D'où venait-elle ?
  4. Que signifient les différentes scènes dans lesquelles on voit des Palestiniens soit-disant blessés, mais qui selon toutes probabilités semblent avoir joué la comédie ?
  5. Que faisaient tous les spectateurs que l'on aperçoit sur les lieux et qui n'ont manifestement pas l'attitude de personnes en situation de danger - prises sous le feu israélien - mais plutôt celle d'individu qui assistent à un tournage de film ?
  6. Que signifie le signe "deux" que fait avec une main le caméraman palestinien et qui semble indiquer qu'il s'agit de la deuxième prise de vue, comme le font les caméramen lors d'un tournage d'un film ?

Nous n'avons pas les réponses à ces questions. De nombreux journalistes (danois, allemands, israéliens...) doutent sérieusement de la véracité de la version palestinienne. Le caméraman palestinien lui-même affirme que l'enfant n'a pas été tué. Alors ?

(On pourra consulter avec intérêt le résumé de l'affaire sur Wikipedia.) 
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vendredi 8 février 2013

Impartialité à trouver


Cher ami,
Vous m'avez récemment interpellé à propos de ma façon d'aborder le conflit israélo-palestinien. Une de vos remarques concernait le choix de mes sources. Vous m'avez rappelé l'importance de veiller à la fiabilité de celles-ci, principalement lorsqu'on aborde un sujet aussi délicat que le conflit qui fait rage – depuis bien trop longtemps – dans cette région du monde. D'une façon plus générale, vos critiques mettaient en doute ma « bonne foi » ou mon « impartialité. » Permettez-moi d'utiliser la tribune de mon blog pour vous répondre.
Je ne suis pas journaliste, pas plus qu'homme politique. Je n'ai aucun compte à rendre, si ce n'est à ma conscience. Je dis cela afin d'être clair sur les raisons qui me font publier et-ou écrire des textes sur mon blog. Le sujet du conflit en Israéliens et les Palestiniens n'est pas le seul sujet que j'aborde souvent : la laïcitéet sa place dans la société française, le respect envers l'Islam et les Musulmans... sont également des sujets que je traite régulièrement.
J'utilise mon blog en tant que simple citoyen du monde qui ne possède aucune connaissance hors du commun, ses qualités et ses défauts, ses points forts et faibles. Je n'ai jamais prétendu à l'impartialité, cela serait trop ridicule. De fait, ce sont les échanges constructifs que j'ai la possibilité d'avoir avec des personnes qui ne pensent pas comme moi qui m'enseignent énormément et me permettent de corriger mes nombreux travers.
En ce qui concerne le conflit israélo-palestinien – et contrairement à ce que vous m'avez laissé penser – je ne privilégie aucune source, si ce n'est celles dont le « ton » me semble juste. Je vous l'accorde : ma notion de la justice m'est personnelle ; cependant, ne sommes-nous tous pas fixés à la même enseigne : essayer de penser, de dire et de faire avec nos propres défauts, biais, etc ?
Ainsi, je publie des textes ou me réfère à des auteurs et-ou journalistes dont les origines sont diverses : françaises,israéliennespalestiniennesjuivesmusulmanesprotestantes, etc. Ces personnes publient leurs articles dans des revues extrêmement diverses et dont certaines sont sionistesanti-sionistes,francophonesanglophonesjuivesarabes... Peu importe qui sont ces personnes : dans la mesure où ce qu'elles disent ou écrivent me paraît juste, j'en tiens compte et – dans la mesure du possible – je le publie.


Dans les nombreux billets que j'ai écrit sur ce sujet, il n'y en a pas un seul dans lequel : 1) je nie au peuple palestinien le droit à posséder leur pays ; 2) je m'oppose aux décisions de l'ONU envers l'État d'Israël et 3) je donne un blanc-seing au gouvernement israélien dans sa façon de gérer ce conflit. C'est pour cette raison que je me définis comme militant palestinien (car je soutiens une Palestine libre et indépendante), tout en n'étant pas anti-sioniste (car je maintiens le droit à l'existence de l'État hébreu). Si dans tout ce que j'ai écrit, on relevait une atteinte des droits des Palestiniens, on me rendrait service en me le signalant car j'aurais commis une erreur.
Dans ma façon de traiter le conflit, ma thèse est la suivante : les leaders politiques palestiniens ne servent pas les intérêts de leurs peuple. Dans le cas du Hamas (à Gaza), l'objectif est d'implanter l'islamisme à l'image de ce qui se passe en Égypte – dirigée par les Frères musulmans – et dans de nombreux autres pays arabes. D'autre part, dans le cas de l'Autorité palestinienne (en Cisjordanie), l'objectif consiste à faire perdurer une situation grâce à laquelle un pouvoir politique corrompu – à l'image de l'ancien pouvoir de Hosni Moubarak et des autres dictateurs arabes – qui profite à un petit nombre de personnes. Dans les deux cas, la première victime est le peuple palestinien à qui ont a ôté le droit à la parole.
Contrairement à ce que vous m'avez dit, je ne trouve pas fréquemment dans les médias et le milieu politique français une condamnation claire et sans équivoque à l'égard du Hamas et de l'Autorité palestinienne. Pour le Hamas, je constate que ce mouvement est régulièrement présenté comme légitime, alors qu'il a expulsé d'une façon totalement illégale en 2007 les représentants de l'Autorité palestinienne et n'est donc qu'un pouvoir usurpateur. En ce qui concerne l'Autorité palestinienne, les hommages sont quotidiennement rendus à son président – Mahmoud Abbas – qui pourtant, ne vaut pas mieux que l'ancien dictateur égyptien, tunisien, libyen...
Voici ma méthode : ce que nous avons tendance à dénoncer (corruption politique, le danger de l'islamisme, oppression des peuples, etc.) dans la plupart des cas, je le dénonce également à Gaza et en Cisjordanie. Je suis désolé de constater que cela n'est pas souvent le cas dans les médias. C'est parce que je suis persuadé que ce conflit serait déjà réglé si les leaders politiques palestiniens se battaient réellement pour leur peuple que je les dénonce aussi souvent. Ces dénonciations ne devraient jamais être prises pour diminuer le droit à la liberté des Palestiniens ; il me semble vous en avoir expliqué les raisons.
Cordialement,
Lucas Martin
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mercredi 31 octobre 2012

Ma station-service palestinienne (1)


J'avais fini ma journée de travail, mais avant de reprendre l'autoroute en direction de Jérusalem, je devais faire le plein d'essence. Ce fut donc avec joie que j'aperçus une station-service. Après être passé à la pompe, j'entrai dans la boutique afin de payer. Celle-ci était de taille plutôt réduite, mais remplie de jeunes gens d'environ vingt à trente ans. Tous semblaient être préoccupés à lire les étiquettes et les prix de bouteilles d'alcool fort : vodka, whisky, cognac...
Pendant que j'essayai de me frayer un chemin pour atteindre la caisse, j'entendis soudainement un grand remue-ménage. En quelques secondes, toutes les bouteilles avaient été remises sur les étagères et la boutique se vida presque entièrement. Entra ensuite un homme d'une cinquantaine d'années, habillé en djellaba. Lui aussi avait fait le plein d'essence et devait payer ; il le fit sans prononcer un mot. Je le vis remonter dans son véhicule et quitter les lieux ; quelques secondes plus tard, la boutique fut de nouveau remplie des mêmes jeunes gens. La valse des bouteilles d'alcool reprit de plus belle.
Avec mon hébreu plus qu'approximatif, je demandai au caissier quelle pouvait bien être la raison du spectacle étonnant auquel j'avais assisté. Celui me répondit : « Ces jeunes gens sont musulmans et ils choisissent ce qu'ils boiront ce soir entre amis. La personne qui est entrée tout à l'heure est l’imam du village arabe voisin et il n'aurait certainement pas approuvé le comportement de ces jeunes gens : selon l'islam, il est interdit de consommer de l'alcool. »


De fait, je me trouvais dans les territoires occupés et la route était bordée de villages arabes. Dans aucun de ces villages il était possible de se procurer de l'alcool et les jeunes gens qui désiraient en boire devaient se rendre à la station-service la plus proche – dont le patron était juif – qui offrait un large éventail de bouteilles d'alcool fort. La boutique était tellement remplie de ces bouteilles que je ne suis pas certain de pouvoir qualifier le lieu comme une « station-service dans laquelle on vend de l'alcool » ou une « boutique de spiritueux dans laquelle on peut faire le plein d'essence » !
Cet épisode a maintenant un peu plus d'une année. À cette époque, j'ai passé environ trois mois à parcourir la même région des territoires occupés et à rencontrer les personnes que mon travail exigeait que je rencontre. Presque chaque fin de journée, avant de reprendre la route en direction de Jérusalem, je pris l'habitude de m'arrêter dans la même station-service. Nous étions en été et le climat incitait à boire un verre avant de reprendre la route. Deux tables – accompagnées de leur parasol – avaient été intelligemment mises à côté de la boutique et je devins un habitué de l'endroit.
Assis entrain de boire un coca, j'eus l'occasion pendant ces quelques mois de discuter avec plusieurs dizaines de personnes, la majorité d'entre elles étant des palestiniens. Loin des médias, des « messages » à faire passer et des situations qui ne se prêtent guère au dialogue véritable, j'ai reçu ma plus belle histoire du conflit israélo-palestinien. Plus tard dans la soirée – après avoir rejoint Jérusalem – je notais sur un cahier les discussions que j'avais eues.
La perception que j'avais de ce conflit en fut grandement affinée. En Israël, les contacts se font d'une façon naturelle et les rires égrainaient régulièrement nos échanges. Ce que j'ai entendu, je ne l'ai trouvé dans aucun livre d'histoire, ni lu dans aucun forum. Les personnes à qui j'ai parlé provenaient de différents milieux : pauvres, aisés, riches. À l'exception de quelques-unes, toutes partageaient le même espoir : que la paix s'installe entre juifs et arabes et que tous puissent vivre en bons voisins.
Le matériel dont je dispose est merveilleux ; j'ai même pensé à le publier sous forme de livre. Pourtant, cela ne se fera pas. On jugera mes histoires comme étant « pro-israéliennes », pas assez « dures envers l'occupant »... La vérité est que je n'ai pas ajouté un seul mot à ce que j'ai entendu de la bouche des palestiniens qui me parlaient. Les élites politiques palestiniennes sont bien éloignées de l'intérêt de leur peuple. Du Hamas qui mène une guerre sainte afin de débarrasser la terre arabe de la présence juive, à l'Autorité palestinienne qui est corrompue de la tête au pied, les individus à qui j'ai parlé ont bien peu d'avocats.
Au Québec, ce sont les leaders politiques qui parlent souvent de la future indépendance du Québec et du « combat » entre francophones et anglophones. À la base, la population se fiche de ces discours et vit bien ensemble. Dans les territoires occupés, les leaders politiques s'intéressent à bien des choses, mais pas trop au bien-être de la population. Un jour, peut-être, je raconterai tout ce que j'ai entendu.                 
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mardi 30 octobre 2012

Le Hamas et les palestiniens


Regardez bien la vidéo ci-dessous. Elle montre des missiles que le Hamas envoie en direction des populations civiles israéliennes. Notez que ces missiles sont envoyés d'un endroit résidentiel. Non seulement cela est interdit par le droit international, mais le Hamas le fait en sachant qu'une riposte israélienne - qui désirerait détruire les rampes de lancement - causerait sans le moindre doute la mort de civils palestiniens innocents.


C'est exactement ce qui s'est passé - des centaines de fois - pendant la guerre da Gaza. Pour chaque riposte israélienne à des tirs de missiles du Hamas qui tuait des civils palestiniens, nous devons poser la question au Hamas : "Pour quelle raison tirez-vous depuis des zones résidentielles ?"
Le nombre élevé des victimes palestiniennes durant ce conflit s'explique par l'irresponsabilité du Hamas. Pour quelle raison les militants palestiniens ne dénoncent pas ce comportement ?
Ci-dessous, vous pouvez entendre le témoignage d'une jeune femme palestinienne qui était à Gaza pendant la guerre. 


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jeudi 11 octobre 2012

Conflit israélo-palestinien : mes vérités


Sans doute, aurais-je dû commencer par cela : présenter ma thèse à propos du conflit israélo-palestinien. Ce sujet est délicat et l'aborder sans tenir compte des sensibilités des uns et des autres m'a valu des critiques acerbes lors de la publication de mes billets qui abordent ce sujet.
Je me qualifie comme un militant palestinien car j'aspire à l'indépendance de la Palestine, dans un avenir le plus proche possible. En même temps, ma démarche est respectueuse du droit du peuple juif de posséder son pays – puisque tel est son désir – et c'est pour cette raison que je me qualifie également de militant pour l'État d'Israël.
Rares sont les individus qui sortent d'une approche dichotomique. Selon leur logique, on doit soutenir l'action des palestiniens contre celle des israéliens, ou l'inverse. Je me refuse à réduire mon raisonnement à une vision qui ne peut pas permettre d'atteindre ce que j'attends avec tant d'impatience : une paix juste et durable entre ces deux peuples.


Du côté palestinien, la situation est différente entre ceux qui vivent à Gaza – sous l'autorité du Hamas – et ceux qui vivent en Cisjordanie, sous la direction de l'Autorité palestinienne. Pour les premiers, ma conviction est que les leaders politiques ne désirent pas la paix avec les israéliens. Plutôt, leur objectif ultime est d'éradiquer l'entité juive qui existe au Proche-Orient.
Je reconnais que cette proposition peut choquer certains – et avant tout les israéliens – mais la réalité me force à l'admettre. Au nom de l'islam, le Hamas estime qu'une présence juive sur la terre arabe est une insulte faite à leur religion et aucun processus de paix ou conférence internationale n'a pu, ne peut et ne pourra changer cela.
Le Hamas a toujours dit ce qu'il pensait : non aux négociations, non à la reconnaissance de l'État d'Israël et non à la paix. Le terrorisme est sa marque de fabrique, la charia sa motivation et il est naïf de croire qu'il pourra vivre aux côtés d'un État juif.


L'Autorité Palestinienne joue un rôle plus complexe. Ses dirigeants ont proclamé maintes fois leur reconnaissance de l'État d'Israël et ont participé depuis plusieurs années à de multiples négociations avec l'État juif. Cependant, cette autorité ne possède pas suffisamment de poids politique pour se séparer officiellement du Hamas.
Ainsi, un double discours est souvent entendu : une position ferme et dure à l'encontre d'Israël lorsqu'il s'agit de négocier une entente avec le Hamas afin de former un gouvernement national palestinien. D'autre part, un discours plus ouvert aux négociations lorsqu'il est adressée au président américain ou aux dirigeants européens.
Cette position de l'Autorité Palestinienne explique – selon moi – son choix tactique afin de négocier avec Jérusalem. Officiellement, l'Autorité Palestinienne désire négocier, mais elle le déclare en imposant des conditions à la discussion que le gouvernement israélien ne peut que refuser. De la sorte, elle ne rompt pas avec le Hamas, ni l'Occident.
Pendant ce temps, que peut faire Israël ? Le sud du Liban : les forces israéliennes n'y sont plus ; le Sinaï : il a été rendu à l'Égypte ; Gaza : plus un seul soldat israélien s'y trouve. La Cisjordanie : le pouvoir administratif a été largement transféré aux palestiniens.
Dans l'arène politique israélienne, une idée fait son chemin : devant l'absence de négociations, les forces militaires devraient se retirer de la Cisjordanie... et laisser les palestiniens déclarer leur indépendance s'ils le désirent. D'une façon ironique, l'Autorité Palestinienne s'oppose à un tel retrait !
Voici mon souhait : que le printemps arabe arrive jusqu'aux portes de Gaza et de Hébron. Que les palestiniens libéraux élisent un gouvernement libéral et laïc. Le jour où cela se produira, la paix sera récoltée rapidement. En attendant, rien ne changera vraiment... pour le mal des palestiniens et des israéliens.    
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lundi 24 septembre 2012

Israël, des crimes et des mensonges


Mentez, mentez : il en restera toujours quelque chose
Dans ma tentative régulière de répondre à la question : « Peut-on critiquer Israël ? » et celle de faire la différence entre d'une part les critiques non seulement autorisées mais souhaitées à l'encontre de l'État juif car constructives et d'autre part, les critiques inacceptables – car pouvant être soupçonnées d'antisémite – j'examine dans cet article une attitude habituelle chez eux qui formulent des critiques du second type : le mensonge et la calomnie.
« Israël condamné pour crimes de guerre », « Israël accusé de crimes contre l'humanité », etc. Voici ce qu'on entend régulièrement sur les tribunes où l'État d'Israël est mis en accusation. Les discours abondent contre un État accusé de tels crimes et qui semble se placer au-dessus du droit international et bafouer chaque instant les droits des palestiniens.
Pourtant, la vérité est autre : jamais l'État d'Israël n'a été accusé de tels crimes, ni de guerre et encore moins contre l'humanité. Alors pourquoi tant de mensonges ? Pour quelle raison inventer des décisions de justice qui n'ont jamais vu le jour ?
Un mensonge bien orchestré
Lorsque nous disons une contre-vérité, deux possibilités existent : 1) nous commettons une erreur ou 2) nous mentons. La première possibilité ne présente pas réellement de problème ; de fait, nous pouvons tous nous tromper... aussi longtemps que personne ne nous présente la réalité.
La deuxième possibilité est plus difficile à expliquer. Pour quelle raison devrions-nous mentir en connaissance de cause ? N'étant pas habitué du mensonge, je ne peux pas répondre pour ces personnes. Libre à chacun de leur poser la question. Pour ma part, le mensonge qui vise l'État d'Israël doit être comparé à une forme d'antisémitisme.
Revenons donc aux accusations de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité qu'aurait commis l'État d'Israël. Ni l'ONU, ni la Cour Internationale de Justice n'ont jamais été saisis par une demande d'enquête pour de telles accusation contre Israël. Si je me trompe, qu'on me le dise !
Il est exact que certaines interrogations ont été quelques fois posées par rapport au comportement de l'État juif. Le cas le plus récent – et sans doute le plus étoffé – est celui du rapport Goldstone publié en septembre 2009. Ce rapport – initié par l'ONU – devait étudier les éventuelles « violations de la loi internationale des droits de l'homme (…) qui auraient pu être commises durant l'opération militaire conduite à Gaza (par l'État d'Israël) » (page 5).
Bien sûr, cette enquête fut menée en enquêtant sur les actions israéliennes envers les palestiniens et les actions palestiniennes envers les israéliens. Justice et impartialité obligent. Le résultat fut clair ; du côté israélien, le comité estima que « from the facts available to it, the Mission is of the view that some of the actions of the Government of Israel might justify a competent court finding that crimes against humanity have been committed. » (p. 25)
Également, du côté palestinien, il fut écrit que « the Mission has determined that the rockets and, to a lesser extent, mortars, fired by thePalestinian armed groups are incapable of being directed towards specific military objectives and were fired into areas where civilian populations are based. The Mission has further determined that these attacks constitute indiscriminate attacks upon the civilian population of southern Israel and that where there is no intended military target and the rockets and mortars are launched into a civilian population, they constitute a deliberateattack against a civilian population. These acts would constitute war crimes and may amount to crimes against humanity. » (p.32)
En résumé – et en français – le comité d'enquête estima que tant du côté israélien que du côté palestinien, certaines actions avaient été menées qui pourraient être comparées à des crimes de guerre et-ou des crimes contre l'humanité. Pour cette raison, le comité recommandait à l'ONU de transmettre son rapport à la Cour Internationale de Justice qui pourrait – le cas échéant – porter les accusations contres Israël et-ou les autorités palestiniennes (p. 546).
Un rapport souvent cité
Sans aucun doute, ce rapport est la source la plus souvent citée par les groupes palestiniens – et par les militants de cette cause – afin de prouver qu'Israël a été accusé de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. Dans les textes que je publie à propos du conflit entre israéliens et palestiniens, cette accusation est souvent citée dans le but de dresser une image d'un État juif monstre et sans retenue.
Pourtant, le comité qui à rédigé le rapport Goldstone n'était pas une cour de justice et il ne pouvait donc pas prononcer d'accusations formelles. Cette subtilité n'entre pas dans la vision des groupes palestiniens – ni des militants de cette cause – qui préfèrent accuser faussement l'État juif de crime qu'aucune cour de justice n'a confirmé.
De plus, le rapport était aussi incisif à l'encontre de l'État d'Israël que des autorités palestiniennes. Ainsi, pour quelle raison les groupes palestiniens – et les militants de cette cause – mentent régulièrement en accusant Israël, tout en restant silencieux contre les autorités palestiniennes ?


Voici la situation incroyable que ces groupes inventent : accuser Israël de crimes dont cet État n'a pas été accusé et laisser sous silence les mêmes crimes que les autorités palestiniennes auraient pu commettre ! Où se trouve l'honnêteté intellectuelle de ces groupes et de ces individus ? Comment peut-on les prendre au sérieux lorsqu'ils crient leur innocence de toute forme d'animosité envers l'État juif ou d'antisémitisme ?
Les suites du rapport Goldstone
Suite aux recommandations du rapport, un comité d'experts indépendants (sous la direction du juge américain Mary McGowan Davis) fut formé par l'ONU. Ce comité examina toutes les éventuelles accusations portée à l'encontre de l'État d'Israël et des palestiniens et parvint à la conclusion qu'Israël avait mené des enquêtes adéquates dans tous les cas, tandis que le Hamas n'avait pas mené la moindre enquête (« Israel has dedicated significant resources to investigate over 400 allegations of operational misconduct in Gaza” (p. 21) while “the de facto authorities (i.e., Hamas) have not conducted any investigations into the launching of rocket and mortar attacks against Israel. » p. 23)
D'autre part, le 2 avril 2011, le juge publia un article dans le Washington Post dans lequel il revenait sur la plupart des accusations portées contre Israël (« Although the Israeli evidence that has emerged since publication of our report doesn’t negate the tragic loss of civilian life, I regret that our fact-finding mission did not have such evidence explaining the circumstances in which we said civilians in Gaza were targeted, because it probably would have influenced our findings about intentionality and war crimes. »)
Voici des extraits de cet article : « J'ai toujours précisé qu'Israël – comme les autres nations souveraines – possède le droit de se défendre, ainsi que ses citoyens (…) Un aspect de notre rapport qui n'a pas été suffisamment relevé est que pour la première fois, des actes illégaux de terrorisme de la part du Hamas ont été (...) condamnés pas l'ONU. J'espérais que notre rapport (le rapport Goldstone) (…) permettrait de voir l'apparition d'un équilibre plus évident de la part du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU dont l'histoire a révélé – au-delà du doute – un parti pris négatif envers Israël. (...) »
« Certains pensaient qu'il était absurde d'attendre du Hamas – une organisation dont l'objectif est de détruire l'État d'Israël – de mener des enquêtes à propos de ce que nous pensions pouvoir être des crimes de guerre. (…) Malheureusement, cela ne fut pas le cas Des centaines de missiles ont été envoyés (par le Hamas) sur des cibles civiles israéliennes (…) et le Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU devrait condamner ces actes d'une façon énergique. »
Conclusion
On se méprend souvent sur mes intentions. Pourtant, elles sont claires : défendre la cause palestinienne sans m'approcher de l'antisémitisme ; désirer l'indépendance de la Palestine, sans mettre en danger l'État d'Israël. Je suis toujours surpris de constater que de telles intentions puissent déranger !
Mentir est honteux. Lorsque les accusations que nous portons sont mensongères, nous perdons toute crédibilité. Les palestiniens et les militants de leur cause qui déclarent qu'Israël a été accusé de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, mentent. Ils le savent et je le déplore.
En même temps, le silence que gardent ces mêmes personnes à propos des éventuels crimes commis par les autorités palestiniennes (ceux décrits dans le rapport Goldstone) est plus que troublant. Pour quelle raison une telle différence ? D'un rapport qu'ils présentent comme accusateur envers Israël, ils s'avèrent que le juge Goldstone est revenu sur ses décisions, tout en maintenant ces accusations envers le Hamas. Renversant !
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jeudi 20 septembre 2012

Le conflit au Proche-Orient en quelques mots

Pour beaucoup de personnes, le conflit entre les israéliens et les palestiniens est devenu - depuis longtemps - incompréhensible. Pour autant, il est beaucoup plus simple qu'il n'y paraît. Voici une explication qui ne ravira pas tout le monde mais que je trouve véridique :



Ce qui est à retenir est qu'une présence juive (avec un grand nombre de juifs et-ou sous forme d'un État juif) en cette place du monde est toujours inacceptable pour le peuple arabe. Autrement, la paix aurait déjà été trouvée depuis longtemps.
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dimanche 9 septembre 2012

Et si on parlait du conflit arabo-palestinien ?

Lorsque Henry Kissinger, ancien diplomate et secrétaire d’Etat américain, rencontra Yasser Arafat, en 1994, à l’occasion de la remise du prix Nobel de la paix, il lui demanda pour quelles raisons les Israéliens pouvaient avoir confiance en lui. L’ancien chef de l’OLP formula la réponse suivante : « Parce que les Saoudiens nous ont isolés, les Jordaniens cherchent à nous affaiblir et les Syriens, à nous dominer. »1 Cette réponse pour le moins révélatrice de la « fraternité arabe », expression consacrée par bon nombre de résolutions des Nations Unies, nous offre l’occasion de revenir sur un conflit peu médiatisé existant pourtant depuis plus de 60 au Moyen-Orient : le « conflit arabo-palestinien ».2

Un conflit tabou

En juillet 2010, dans un article intitulé « Les Palestiniens dans le monde arabe : Pourquoi le silence ? », le journaliste Khaled Abou Toameh s’interrogeait sur l’absence de médiatisation qui entoure le sort des réfigiés palestiniens des pays arabes. Qui se souvient en effet avoir pris connaissance des plaintes palestiniennes formulées à l’encontre des Gouvernements proche-orientaux pour privation de droits élémentaires (accès aux soins médicaux, à la sécurité sociale ou à certaines professions : avocat, médecin, journaliste, pharmacien…) ? Qui se souvient encore de la dernière résolution adoptée par un organe des Nations Unies pour condamner les mauvais traitements infligés par ces Gouvernements aux réfugiés?

Bien sûr, en raison de leur médiatisation, il est plus aisé de se souvenir des résolutions onusiennes condamnant Israël. Qu’entendrions-nous si l’Etat hébreu appliquait à ses citoyens arabes la même politique que ses voisins aux réfugiés palestiniens ? Si l’on peut reprocher à Israël d’être, à certains égards, un pays à deux vitesses, il reste à l’heure actuelle le seul de la région à promouvoir, ainsi que le prévoit la Déclaration d’Indépendance de 1948, « une complète égalité de droits sociaux et politiques (…), sans distinction de croyance, de race ou de sexe. » C’est pourquoi, il compte de nombreux citoyens arabes aux fonctions étatiques les plus hautes : à la Knesset, par exemple, plusieurs députés arabes ont été élus dont Taleb El-Sana, Ahmad Tibi ou Muhammad Barakeh ; à la Cour suprême d’Israël, le juge Salim Joubran siégea lorsque la haute juridiction condamna, en novembre 2011, l’ancien président d’Israël, Moshé Katzav, à sept ans d’emprisonnement pour harcèlement sexuel et viols. En dépit du régime démocratique qui fait d’Israël une exception au cœur d’une région ravagée par les dictatures militaires et religieuses, cet Etat est régulièrement comparé à une nation d’apartheid.

A titre de comparaison, à l’heure actuelle au Liban, plus de 400 000 réfugiés palestiniens restent apatrides, géographiquement et socialement cantonnés à des emplois déterminés ; en Syrie, ils sont méprisés et manipulés par des dirigeants dont la politique fut toujours celle de la division permanente de la scène politique palestinienne. En Jordanie, ils sont également méprisés en raison de l’épisode Septembre noir orchestré par Yasser Arafat en 1970 contre la monarchie hachémite et ils furent déchus de la citoyenneté jordanienne lors du desengagement de la Cisjordanie en 1987. En Egypte, les Palestiniens subissent le dédain des autorités, qui contrôlaient Gaza d’une main de fer jusqu’en 1967 avant de l’abandonner définitivement en 1978 à Israël, marquant ainsi sa « trahison » de la cause palestinienne.

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( Nahr al-Bared, camp de réfugiés palestiniens au Liban.)

Les racines du mal

Le 14 mai 1948, David Ben Gourion se fonda sur la résolution 181, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies en novembre 1947, pour proclamer l’Indépendance de l’Etat d’Israël. Côté palestinien, aucun Etat ne fut proclamé : la guerre fut déclenchée, le 15 mai 1948, par les armées régulières égyptienne, syrienne, libanaise, transjordanienne et irakienne. Comme en 1936-1937 lors de la Commission Peel, leurs dirigeants rejetaient l’idée d’un partage territorial avec les sionistes car ils considéraient l’Etat juif, d’une part, comme un obstacle à la réalisation du Dar-el-Islam et, d’autre part, comme une intrusion de l’Occident dans leur zone territoriale. L’Etat nouveau-né avait en effet mis en place un régime calqué sur le modèle des démocraties libérales, qui différait grandement de ceux prônés par les régimes arabes. Leur motivation profonde semblait alors consister à empêcher la fondation et l’existence de l’Etat d’Israël, Etat non musulman au sein d’une région islamisée.

C’est pourquoi au cours de l’année 1948-1949, la Transjordanie et l’Egypte s’opposèrent à l’intégration des 700 000 réfugiés palestiniens, volontairement exilés ou contraints à l’exil, puisqu’ils étaient alors convaincus que l’Etat d’Israël ne survivrait pas aux offensives militaires et qu’ils pourraient retourner dans une Palestine libérée du joug sioniste. Ce refus d’intégrer ces nombreux Arabes de Palestine allait ainsi servir d’alibi aux gouvernements arabes pour justifier leur politique contre l’Etat hébreu tout en détournant l’attention de leurs propres peuples des véritables problèmes de politique interne. N’avaient-ils d’ailleurs pas contribué à l’exode des Palestiniens en les priant de quitter leurs terres avant leur offensive contre Israël au cours de la guerre comme l’écrivait l’historien Paul Giniewski en 1955 : « Le Gouvernement britannique, qui a observé une attitude expectante parfois non dénuée de sympathie à la cause arabe, a solennellement attesté que les Juifs ont fait tous les efforts pour persuader les Arabes de Palestine de demeurer sur place. Nulle mesure légale, nulle pression n’a obligé les Arabes à quitter le territoire contrôlé par Israël. (…) Les Arabes de Palestine ont cédé à un mouvement de panique (…) ils ont été encouragés à s’expatrier en attendant la défaite de l’Etat juif nouveau-né. »3

Perdue par cinq nations arabes, cette première guerre israélo-arabe permit à Israël, avec l’aide des Nations Unies, lors de la signature des Accords d’armistice conclus du 23 février au 20 juillet 1949, d’agrandir le territoire qui lui avait été alloué, en annexant la zone occidentale de Jérusalem, le Néguev et la Galilée. Le Gouvernement israélien accepta également de rapatrier 50 000 réfugiés après l’adoption de la résolution 194 par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1948 et reprit à sa charge 28 000 réfugiés secourus par l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA)4. La Judée-Samarie ou Cisjordanie fut annexée à la Transjordanie devenue Jordanie, qui ne lui permit jamais d’espérer accéder à l’indépendance puisque l’émir Abdallah envisageait la création d’un royaume hachémite palestinien5. La bande de Gaza, pour sa part, fut placée sous tutelle égyptienne après que l’Egypte se fut opposée à la mise en place d’un « Gouvernement palestinien » que le mufti de Jérusalem, Hadj Amin El-Husseini, avait pourtant créé à Gaza le 1er octobre 1948.

Guidés par leurs visées égoïstes, les leaders arabes avaient abondamment contribué à faire naître l’épineuse question palestinienne en instrumentalisant ces nouveaux réfugiés pour refuser l’existence même d’Israël. Dans ce contexte, le député jordanien Abdallah Nawas pouvait ainsi déclarer le 6 juin 1952 : « Nous devons continuer à prolonger le problème des réfugiés comme une question vitale… La guerre en Palestine ne continue que grâce aux réfugiés. Leur existence laisse la question ouverte. »6. Cependant, au fil des victoires militaires israéliennes, la cause palestinienne fut discréditée et connut jusqu’à maintenant une instrumentalisation intensifiée de la part des dirigeants arabes.

Pourtant, s’indigne Khaled Abou Toameh, l’attention des nombreux journalistes occidentaux ne s’attarde pas sur le sort des Palestiniens, qui ne bénéficient d’aucuns droits civils et civiques dans les pays du Moyen-Orient contrairement aux citoyens arabes en Israël, mais par la constuction illégale de logements à Jérusalem. Question de point de vue !

  1. Henry Kissinger, La Nouvelle Puissance Américaine, Paris, Editions Fayard, 2003, p.249.
  2. Nous n’aborderons pas ici les conditions de vie difficiles des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza. Des manifestations contre le Hamas et l’Autorité palestinienne viennent pourtant de s’y dérouler pour critiquer les lois antisociales adoptées par le Hamas, la hausse des prix et la corruption qui gangrène l’Autorité palestinienne.
  3. Ovadia Soffer, « Le conflit arabo-israélien : la réalité et les mythes », Politique étrangère, vol. 49, n°4, 1984, à la p.954.
  4. Jacques Soustelle, La longue marche d’Israël, Paris, Editions J’ai lu, 1968, p.351.
  5. Ovadia Soffer, « Le conflit arabo-israélien : la réalité et les mythes », Politique étrangère, vol. 49, n°4, 1984, à la p.954.
  6. Soustelle, supra note 4.

Esther Benfredj
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mercredi 5 septembre 2012

Pour les palestiniens, dénaturons le français ! (1)

Ceci est le deuxième article dans lequel je tente de répondre à la question : « Peut-on critiquer Israël sans être accusé d'antisémitisme? »

Dans le premier article, j'avais conclu qu'être antisioniste s'apparente à l'antisémitisme car le sionisme est (selon le Larousse) un : « mouvement dont l'objet fut la constitution, en Palestine, d'un État juif. » Partant, être antisioniste équivaut à lutter contre la constitution de cet État juif, c'est-à-dire pour sa disparition. À mon sens, ceci est inacceptable. Pour appuyer cette thèse, j'avais d'ailleurs cité Martin Luther King, selon lequel « l'antisioniste signifie de manière inhérente antisémite et il en sera toujours ainsi. »

Dans cet article, j'expose un des points communs des défendeurs de la cause palestinienne qui dépassent – selon moi – les limites de l'acceptable : la déformation du sens intrinsèque des mots afin d'en modifier leur sens et de pouvoir les utiliser comme bon leur semble contre Israël. À titre d'exemple, je cite l'utilisation de trois expressions : « apartheid », « nazi » et « camp de concentration. » En utilisant régulièrement ces trois expressions à l'encontre d'Israël, l'objectif est le même : vider de leur sens réel ces expressions afin de pouvoir accuser l'État juif des pires crimes. Dans la première partie de cet article, j'explique les raisons pour lesquelles il est mensonger de parler d'apartheid lorsqu'on fait référence à Israël.

Mohammed Barakeh
(membre de la Knesset et président du parti Hadash.)

La politique israélienne : un apartheid ?

Qu'est-ce l'apartheid ? Selon le dictionnaire, il s'agit de la « ségrégation systématique des populations de couleur, en Afrique du Sud. » Ainsi, il semble normal de rendre la situation qui existait dans ce pays – au temps de l'apartheid – si on désire appliquer ce concept à Israël. Quels étaient les point essentiels de l'apartheid ?
  1. Absence du droit de vote (General Pass Regulations Bill en 1905).
  2. Structures gouvernementales séparées ; tandis qu'une entité gouvernementale composée de personnes de couleur noire fut instituée, les sièges des députés (blancs) qui représentaient encore les intérêts de personnes noires au Parlement furent abolis (Bantu Authorities Act de 1951).
  3. Séparation des blancs et des noirs sur les plages, les autobus, les hôpitaux, les écoles, les universités... (Reservation of Separate Amenities Act de 1953).
  4. Interdiction de mariage entre blancs et noirs (Prohibition of Mixed Marriage Act en 1959).
  5. Suppression des droits civiques : les noirs n'étaient plus des citoyens d'Afrique du Sud (Black Homeland Citizenship Act de 1970).
Quelle est la situation en Israël ? Existe-t-il des lois qui peuvent être comparées aux lois sud-africaines ? Voici la réponse :
  1. En Israël, chaque citoyen vote, sans qu'on tienne compte de sa religion ou de ses origines ethniques. La situation est exactement la même qu'en France. De fait, 20% des électeurs en Israël sont arabes et ils peuvent voter pour qui ils veulent et bien sûr pour les partis politiques arabes qui sont censés les représenter.
  2. Dès la formation du Parlement israélien, les arabes ont possédé leurs représentants. De plus, les arabes sont représentés à tous les échelons de l'administration publique et jusqu'à la Cour Suprême où un des juges est arabe.
  3. Aucun endroit en Israël n'est interdit aux arabes : les transports communs, les hôpitaux, les écoles et les universités... sont tous ouverts à tous les citoyens israéliens, indépendamment de leurs croyances religieuses ou origines ethniques. Dans ce cas également, la situation est la même que celle qu'on trouve en France.
  4. En Israël, chaque citoyen(ne) épouse qui il-elle désire.
  5. Tous les arabes qui vivent en Israël possèdent la même carte d'identité que les autres citoyens et ils ont exactement les mêmes droits. Aucun poste électif leur est interdit.
Le sujet est vaste, mais en quelques lignes, j'ai désiré montrer à quel point comparer la situation en Israël avec celle qui existait en Afrique du Sud du temps de l'apartheid est mensonger. Si on peut trouver de la discrimination en Israël, cela est le cas dans tous les pays (y compris en France à l'encontre des noirs, arabes, roumains...). Si le mot « apartheid » est utilisé uniquement contre Israël, les militants de la cause palestinienne le font pour une raison évidente : dénoncer d'une façon mensongère et outrancière l'État juif.

Le manque d'honnêteté intellectuelle de ces militants leur ôte toute crédibilité... surtout qu'ils ne défendent pas les palestiniens qui habitent dans les pays arabes voisins d'Israël et qui – la plupart du temps – ne jouissent d'aucun droit. Si les droits de l'homme – plus que la haine du juif -était bel et bien la motivation des militants de la cause palestinienne, pour quelle raisons se taisent-ils lorsque les droits des palestiniens sont bafoués ailleurs qu'en Israël ?
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