jeudi 8 novembre 2012

Ma station-service palestinienne (2)


Après la publication du premier article de « Ma station-service palestinienne », la lecture des commentaires et de certains messages privés que j'ai reçus, je désire préciser mes intentions en partageant avec les lecteurs de Médiapart ce qui sera dit dans cette série.
Ma volonté est double :
  1. Montrer qu’au-delà du conflit qui existe entre les israéliens et les palestiniens, l'immense majorité des membres de ces deux groupes vit « en bon voisinage », c'est-à-dire que les uns et les autres communiquent entre eux et que sur le terrain, on ne sent pas réellement une forme de « séparation » comme on pourrait le penser à l'écoute des médias. En d'autres termes : la vie continue et le plus souvent, l'animosité est absente dans les rapports sociaux.
  2. Un grand nombre de palestiniens ne se sentent pas vraiment concernés par le conflit ou en tout cas, pas autant qu'on pourrait le penser. Cela peut être comparé à toutes les personnes qui se sentent exclues des questions politiques dans leur pays (par exemple en France) et qui ne prêtent qu'une attention éloignée aux discours politiques.


Ayant dit cela, je ne me prononce pas sur le conflit israélo-palestinien dans le cadre de cette série. Ce qui m'intéresse est de partager ce que peu de personnes voient et connaissent. Combien de lecteurs de Médiapart ont rencontré et parlé à des palestiniens et-ou des juifs israéliens ? De plus, si je fais référence aux simples citoyens qui vivent en Israël et en Cisjordanie et que j'exclue les représentants de groupes de pression (d'un côté ou de l'autre), je ne suis pas certain de pouvoir réunir un grand nombre de lecteurs.
Avant de venir passer la moitié de mon temps en Israël pour cause de travail, je n'avais jamais rencontré de palestiniens, ni de juifs israéliens. Leur voix, je l'avais entendu dans les journaux télévisés et autres médias que nous écoutons ou lisons. Pourtant, la parole n'est jamais donnée à ceux qui n'ont pas à parler du conflit ; ce sont ces gens-là que j'ai rencontrés et que je rencontre tous les jours où je suis en Israël.
S'il peut exister des différences significatives entre les israéliens juifs qui vivent en Israël-même et ceux qui vivent dans les territoires occupés, on retrouve la même différence en ce qui concerne les palestiniens israéliens et les palestiniens qui résident dans les territoires occupés. Dans les deux cas, leurs discours est quelque chose qu'il ne m'avait pas été donné d'entendre auparavant et pourtant si riche d'enseignement.
Parler de la vie, sans forcément parler du conflit, c'est ce que je fais avec les palestiniens depuis maintenant plusieurs années. Si mon discours dérange certains, c'est principalement parmi les « ultras » des militants de la cause palestinienne qu'on les trouve. Pour eux, l'antisémitisme est un compagnon de route jamais très éloigné de leur « lutte pour la bonne cause. »
Ainsi, parler d'une façon qui pourrait faire croire d'une part, que l'État d'Israël n'est pas l'État raciste, accusé de crimes contre l'humanité, de nettoyage ethnique qu'ils inventent... et d'autre part, que les palestiniens ne pensent pas toujours le plus grand mal de l'État juif est trop demander à ces militants d'un autre âge. Pourtant sur le terrain, la réalité ne ressemble pas à une situation qu'il est possible de décrire toute en noir ou toute en blanc.
Parce que ce que je vois et entends chaque jour n'est pas ce que je vois et entends dans les médias, je me sens privilégié. Parce que je milite pour que l'État d'Israël respecte les recommandations de l'ONU et pour que les dirigeants palestiniens placent l'intérêt de leur population avant le leur, je me sens aussi proche de la majorité des juifs israéliens et des palestiniens (israéliens ou pas) que je rencontre.    
À suivre...
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mercredi 7 novembre 2012

De l'esprit critique


L'analyse que nous faisons du monde est à renouveler chaque jour. Notre réflexion ne peut jamais saisir d'une façon complète et parfaite l'étendue de l'essence et de la signification de l'histoire du monde ou des évènements que nous vivons.
Chaque instant, notre environnement change. Ce qui se trouve autour de nous ne s'y retrouvera jamais en sa totalité et en la même place. De plus, notre compréhension du monde se modifie selon notre propre évolution intellectuelle. Ainsi, tout est à apprendre de nouveau, toujours. Jamais notre intelligence ne doit se satisfaire d'une connaissance figée et définitive.
Étudier et comprendre un fait historique est un processus fatiguant car ce que nous pensions connaître un certain jour est devenu l'inconnu le lendemain. Le sujet que nous pensions maîtriser s'est subtilisé et l'interrogation est apparue. Notre questionnement peut légitimement être grand : n'aurions-nous rien compris ? Avions-nous donc ignorer tant de choses ?


La vérité est que notre observation a changé et avec elle, la matière que nous avions acquise a pris un nouveau visage. Le matériel est sans doute resté le même, mais nous avons changé. Celui que nous étions hier avait bien compris, mais celui que nous sommes aujourd'hui doit refaire ses devoirs.
Nous ne pouvons pas y échapper : notre analyse des faits est partielle et partiale. En prendre conscience ne doit pas nous plonger dans la détresse ; plutôt, cela doit être la raison de faire naître en nous une motivation puissante : celle de vouloir apprendre, chaque jour et chaque instant de notre vie. Si nous ignorons ce fait, nous courons un grand danger : celui de méconnaître grandement ce dont nous parlons.
Voici ce qu'il faut éviter : une opinion déjà faite. Celui qui s'est fait une idée a perdu une part importante de son esprit critique. Pour lui, l'étude de l'histoire devient une sorte de marché dans lequel il cueille ce qui le conforte et laisse de côté ce qui le contredit. On l'a deviné : pour un tel personnage, sa réflexion est corrompue avant d'être née.
Il existe quelque chose de plus grave encore. En construisant sa réflexion sur des prémices erronées, cet individu finit par voir ce qui n'existe pas et nier la simple réalité. Dans son cas, c'est son intelligence même qui a mis un terme à son fonctionnement salutaire. Inutile de vouloir échanger des idées avec cette personne : elle est dans un monde qui n'a jamais existé et qu'elle est la seule à connaître.
Une telle personne est dangereuse. À ses yeux, sa réflexion devient une arme : celle qui lui permet d'abattre ceux qui ne pensent pas comme elle. À l'occasion, elle rencontrera un esprit malade qui lui ressemble ; dans ce cas, ces deux perdus célèbreront leur génie sur le « mensonge » qu'ils ne manqueront pas de voir autour d'eux.
Afin d'éviter ce naufrage, il suffit de ne pas oublier la faiblesse de notre intelligence. La modestie exige de nous de ne jamais être convaincu d'avoir compris un sujet ou de pouvoir en parler de notre position élevée de donneur de leçons. Écouter, réfléchir, changer : voilà les armes de la vie, de notre vie. La recherche de la vérité, sans complaisance, doit nous guider et nous donner les forces pour vivre. En la refusant, nous perdons – en quelque sorte – notre aspect d'être humain.
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mardi 6 novembre 2012

Historique (intro.) : connaître le passé afin de comprendre le présent


L'analyse au quotidien des négociations entre israéliens et palestiniens ne permet pas d'obtenir la connaissance nécessaire de l'historique du conflit entre ces deux parties. C'est pour combler ce manque qu'une tentative est faite d'expliquer plus en profondeur les origines de cette opposition entre juifs et arabes. Ainsi, j'espère pouvoir expliquer dans cette série d'articles les principaux évènements et dates qui ont jalonné et déterminé la situation sur le terrain.
Dresser l'historique du conflit est une tâche ardue. Sachant que l'impartialité absolue est un leurre, j'essaierai néanmoins de tenir compte des opinions des différentes parties et de les exposer d'une façon appropriée. Comme cela est souvent le cas pour la majorité des conflits, la réalité ne se prête guère à la vision enfantine du noir et blanc en guise d'analyse.
Si certains pensent que l'État d'Israël est une injustice flagrante et que les juifs ne possédaient aucun droit sur cette région du monde, ils seront déçus par mon analyse. De plus, s'il pensent que l'État juif est coupable de crimes contre l'humanité ou de guerre, qu'il a organisé un nettoyage ethnique et que d'autres horreurs du même style sont monnaie courante en Israël, ils risquent réellement de perdre leur temps en lisant mes articles. J'ai le regret de leur dire que je m'en tiens à la réalité, telle qu'elle est régulièrement exposée par les organismes internationaux tels que l'ONU. Pour eux, j'ai un conseil : allez consulter d'autres Éditions sur le site de Médiapart, il y en a tellement d'excellentes !
D'autre part, si certains croient que tous les palestiniens sont des terroristes, que le peuple palestinien est une pure invention ou qu'il est impossible de parler à des palestiniens qui désirent la paix – vraiment la paix – eux aussi seront déçus par mon historique. La vérité est qu'on a menti aux palestiniens (les premiers étant les anglais au lendemain de la première guerre mondiale) et que leurs revendications ne datent pas d'hier. Pour les personnes qui nient simplement et entièrement leurs droits aux palestiniens, je donne le même conseil que précédemment : qu'elles aillent lire d'autres Éditions sur le site de Médiapart.
La volonté de dresser un historique du conflit amène immédiatement deux questions fondamentales : quelle est la nature de ce conflit et à quelle date peut-on en commencer l'historique ?
1) Le conflit est-il politique ou religieux ? Selon l'époque étudiée et les acteurs analysés, la réponse varie. Du côté israélien, il faut se rendre à l'évidence : les gouvernements successifs israéliens ne demandent jamais l'avis des rabbins avant de prendre une décision. Cela ne signifie pas que le fait religieux ait aucune influence ; plutôt, celle-ci est sans doute à la hauteur de la proportion israélienne juive qui s'identifie comme religieuse : environ 15%. Ainsi, pour la partie israélienne, il est plus juste de qualifier le conflit comme étant de nature politique (c'est-à-dire territoriale.)
Du côté palestinien, la situation a évolué. Entre la fin des années cinquante (lorsque la lutte palestinienne a vraiment commencé à s'organiser) et le début des années 90, la lutte était également politique. C'est durant cette période que l'OLP (Organisation de Libération de la Palestine) a tissé des liens importants avec les partis politiques de la gauche radicale dans le monde (pour la France, ceci explique l'aspect « précieux » de la cause palestinienne pour le Parti Communiste). Depuis, la situation a changé et l'émergence du Hamas et de l'islamisme a donné un nouvel aspect à la lutte palestinienne. Ce n'est pas le fruit du hasard si le Hamas place sa lutte de libération de la Palestine dans la phraséologie du Coran.
C'est la raison pour laquelle je définis le conflit israélo-palestinien comme étant semi-politique et semi-religieux. Le sujet est vaste et pourrait faire l'objet d'une étude approfondie, mais ceci n'est pas forcément mon propos.


2) À quelle date peut-on en commencer l'historique du conflit ?  En excluant les données qu'on trouve dans les textes religieux (notamment celui de la Bible) et en utilisant seulement ce que l'archéologie nous a appris, nous savons qu'un État nommé « Israël » existait déjà il y a environ 33 siècles. Doit-on pour autant commencer l'historique à cette date ?
S'il s'agissait d'écrire un ouvrage scientifique sur ce sujet, il est certain que l'État historique d'Israël devrait être étudié. Cependant, dans le cadre d'une Édition sur le site Médiapart, j'ai choisi une date beaucoup plus proche : 1919. De fait, au lendemain de la première guerre mondiale, l'Empire Ottoman fut désintégré et les puissances occidentales se partagèrent les territoires du monde arabe en sphères d'influence. À la même époque, les arabes formulèrent leur première demande d'indépendance (qu'ils n'avaient pas sous l'Empire Ottoman). Nous débuterons ainsi notre historique du conflit avec la déclaration d'indépendance – en mars 1919 – de la Grande Syrie.
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lundi 5 novembre 2012

"Mon intime conviction" par Tariq Ramadan


(Après avoir rédigé un résumé en cinq parties du livre dans lequel Tariq Ramadan expose les principaux aspects de sa pensée, ce qui suit est la recension de cet ouvrage.)
Chaque livre qui décrit un monde que nous ne connaissons pas – ou très mal – exige de notre part une certaine dose d'efforts si nous désirons réellement en saisir l'essence. Dans son livre « Mon intime conviction » ( Éd. Presses du Châtelet, oct. 2009, 183 p.), Tariq Ramadan se propose de présenter les points essentiels de sa pensée. Il s'agit d'un ouvrage indispensable pour tous ceux qui s'intéressent à cet auteur, mais qui n'ont pas vraiment le temps de lire la totalité de ses publications.
Il me semble opportun de commencer par deux avertissements. Cela devrait permettre d'éviter les écueils habituels lorsqu'on présente Tariq Ramadan.
  1. Ce livre n'aidera sans doute pas les personnes qui sont opposées au fait religieux à mieux saisir ce qu'elles abhorrent. L'auteur est croyant (musulman) et entend bien vivre d'une façon pleine sa religion, tout en étant un citoyen actif de ce monde en général et de la société occidentale en particulier. C'est cette attitude qu'il recommande également à ses compatriotes musulmans d'adopter. Ainsi, ceux qui appellent de leurs vœux un espace public vidé du spirituel risquent d'être agacés par la thèse de « Mon intime conviction. »
  2. Afin de comprendre la démarche de l'auteur, il faut tenter de prendre la place d'un croyant (dans son cas musulman, mais cela s'applique pour toutes les religions) qui constate l'incompatibilité de plusieurs aspects de sa religion avec les valeurs des sociétés dans lesquelles nous vivons.
Dans ce livre, l'auteur appelle les musulmans à s'impliquer dans tous les domaines de la vie : social, politique, éducatif, sportif... En même temps, ils leurs suggèrent de ne pas omettre leur croyance dans cette démarche. Ainsi, les musulmans occidentaux – qui représentent l'audience principale de Tariq Ramadan – doivent mener une « double vie » remplie de social et de spirituel. Si cela est possible, c'est que selon l'auteur, « les valeurs que ( l'Occident et l'islam) possèdent en commun sont plus importantes que leurs différences. »


L'auteur rappelle les deux principes de base de sa démarche : 1) respect par les musulmans des lois du pays dans lesquels ils vivent et pratique de sa langue ; 2) demander une application identique des lois à leur égard par leur État (en guise d'exemple, Tariq Ramadan s'oppose notamment à la loi du voile en France et à l'interdiction des minarets en Suisse. Dans les deux cas, il estime que ces lois ont été votées d'une façon discriminatoire à l'encontre des musulmans.)
Tariq Ramadan s'oppose ainsi aux minorités musulmanes qui favorisent une approche littérale des textes et qui rejettent dans leur ensemble les valeurs occidentales perçues comme étant « vides de religion » et « dénuées de morale. » Les leaders de ces minorités ont un respect aveugle pour les autorités qui légifèrent le droit islamique, tandis que l'auteur favorise une approche critique afin de tenir compte du contexte dans lequel nous évoluons.
Selon l'auteur, les concepts qui sont les fondements de l'Occident (liberté de conscience, laïcité, pluralité religieuse...) doivent être également ceux des musulmans qui y vivent. De plus, en ce qui concerne le droit des femmes et le féminisme, il estime que la femme est un être indépendant de l'homme et qui doit être maître de son propre sort (y compris celui de choisir d'être une musulmane croyante.)
La vision de Tariq Ramadan de la place des femmes dans nos sociétés est celle qui est partagée par le plus grand nombre d'occidentaux : libre accès à l'éducation, parité dans les salaires, combat contre toute forme de discrimination. D'autre part, si l'auteur possède un grand nombre d'opposants, c'est qu'il ne revendique pas pour autant l'abrogation pure et simple des châtiments corporels qui font partie de l'islam. Cette démarche peut se comprendre si l'on tient compte de sa volonté à ne pas briser les liens qui le lient à sa religion. Partant, c'est aux législateurs du droit islamique eux-mêmes qu'il leur demande de mettre fin à ces châtiments d'un autre âge.
Ceci est – selon moi – l'aspect le plus controversé de la pensée de l'auteur et qui est mal compris par une large audience en Occident. Lorsque nous attendons une dénonciation sans équivoque de comportements barbares, nous sommes face à un « moratoire » qui nous surprend. Pourtant, plutôt que de quitter la sphère musulmane – ce qu'on déjà fait de nombreux ex-musulmans – c'est bel et bien le droit islamique que Tariq Ramadan se propose de faire évoluer dans la bonne direction. En d'autres termes, plutôt que de s'exclure et de dénoncer, il préfère rester fidèle à sa foi et mener une révolution de l'intérieur.
En dénonçant l'auteur (comme le fait notamment Caroline Fourest), nous commettons une erreur singulière : celle qui consiste à reprocher à un musulman d'essayer d'inclure les valeurs occidentales dans le droit religieux musulman. Cette erreur s'explique par l'attitude négative envers les religions de certains partisans de la laïcité. Je pense que cela est regrettable et peu digne d'un débat qui doit être empreint du respect de l'Autre.
En guise d'exemple de cette attitude peu honorable, je pense à « l'accusation » de tenir un double-discours que Caroline Fourest a formulé à l'encontre de Tariq Ramadan et à sa « preuve » : une conférence dans laquelle l'auteur s'adressait à des hommes musulmans et leur recommandait de se rendre uniquement dans des piscines où les hommes étaient séparés des femmes (afin de ne pas voir celles-ci en maillots de bain, ce qui est interdit dans l'islam.)
La question est évidente : où se trouve le « double-discours » ? À quelle occasion Tariq Ramadan a-t-il dit qu'il n'était pas un musulman pratiquant ? Est-ce réellement étonnant qu'un musulman religieux parle à ses compatriotes des préceptes à respecter dans l'islam ? Personnellement, je trouve cela plutôt cohérent. Sauf si l'on rêve à l'interdiction de la religion dans nos sociétés, je ne vois aucune raison de s'offusquer devant un tel discours.
Pour conclure, la lecture de « Mon intime conviction » m'a permis de découvrir un islam « à la française » qui me permet d'entretenir des bons rapports avec tous les citoyens français musulmans qui s'y reconnaissent. Les dogmatiques d'une laïcité contraignante s'opposent certainement à Tariq Ramadan ; pour eux, il représente une menace : celle de ne pas faire disparaître dans la nature les musulmans qui ne renient pas leur religion. Dans leur cas, on peut dire que l'extrémisme fanatique n'est pas toujours là où on s'attend à le trouver.
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dimanche 4 novembre 2012

Un tournant dans les négociations ?


Dans le long processus des négociations entre israéliens et palestiniens, les surprises n'abondent généralement pas. Pourtant, c'est exactement ce qu'il s'est passé vendredi 2 novembre, avec l'interview du Président de l'Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas (extrait en anglais de l'interview dans la vidéo ci-dessous.).


Durant l'entretien avec le journaliste, Mahmoud Abbas a déclaré qu'il ne reconnaissait pas comme étant son droit de vivre dans sa ville natale de Tsfat qui se trouve en Israël, à l'intérieur des frontières qui furent tracées à la suite de la guerre de 1967.
Cette déclaration est d'une extrême importance car elle implique l'abandon de la revendication historique palestinienne du droit au retour des réfugiés palestiniens, suite aux guerres de 1948 (qui a aboutit à la déclaration d'indépendance de l'État d'Israël) et de 1967 (lorsque l'Égypte, la Syrie et la Jordanie avaient attaqué l'État juif). Dans le premier cas, environ 700 000 palestiniens avaient quitté les territoires qui allaient devenir l'État d'Israël ; dans le second cas, ce sont environ 300 000 palestiniens qui s'enfuirent. De nos jours – et en tenant compte de la croissance naturelle de cette population – ce sont près de cinq millions de palestiniens qui possèdent le statut de réfugiés (lire l'article de Wikipedia.)
De fait, la revendication du droit de retour des réfugiés au sein d'Israël est depuis plusieurs années une des revendications principales des palestiniens. Ceux-ci conditionnent leur retour aux négociations avec Israël par l'acceptation de cette revendication par l'État juif (les deux autres revendications principales sont : Jérusalem comme capitale du futur État de Palestine et l'arrêt de la construction israélienne d'habitations dans les territoires occupés.)
Cette position du Président de l'Autorité Palestinienne a immédiatement été dénoncée par le Hamas. Izzat Rishek – membre de la direction du Hamas – a déclaré qu'elle « ne représentait pas l'opinion du peuple palestinien. » Non seulement c'est le droit au retour des réfugiés que maintient le Hamas, mais également «  la plus petite parcelle de la terre de Palestine » qu'il revendique. Ainsi, le Hamas ne reconnaît toujours pas le droit d'exister à l'État d'Israël.
D'autre part, le premier ministre auto-proclamé de la bande de Gaza – Ismail Haniyeh – a déclaré que la position de Mahmous Abbas était « extrêmement dangereuse » est qu'aucune personne avait le droit d'abandonner la revendication sur l'ensemble de la terre palestinienne.
Enfin, durant l'interview, Hamoud Abbas a réitéré son opposition au terrorisme et à la violence des armes. Il a dit préférer la négociation et la diplomatie.
La déclaration du Président de l'Autorité Palestinienne prépare le terrain à la demande que celui-ci doit faire auprès de l'ONU – le 29 novembre prochain – pour que cet organisme accepte d'accorder le statut d'observateur à la Palestine.
Il est bien sûr trop tôt pour analyser à sa juste valeur la portée de cette déclaration, mais si elle devenait la politique officielle de l'Autorité Palestinienne, un tournant aurait été pris... tandis que la fracture avec le Hamas ne ferait que s'agrandir.  
Rectificatif : Lors d'une interview - le 3 novembre - pour une chaine de la télévision égyptienne, Hamoud Abbas a précisé qu'il n'avait pas abandonné la revendication du « droit de retour » et que sa déclaration précédente devait être considérée comme son point de vue sur sa situation personnelle, mais que « le droit du retour est sacré et que personne ne peut l'enlever » aux palestiniens. En fin de compte, le tournant dont nous espérions être les témoins dans les négociations entre Israël et les palestiniens risque de devoir encore attendre.
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jeudi 1 novembre 2012

Loi sur la fin de vie ? Je dis non


(Article écrit par Ben Mattlin, journaliste indépendant américain et auteur de « Miracle Boy Grows Up: How the Disability Rights Revolution Saved My Sanity. »
La semaine prochaine, les électeurs du Massachusetts voteront afin d'adopter la loi sur le suicide assisté. En bon libéral pro-choix, je devrais soutenir cet effort. Mais en tant que personne handicapée à vie, je ne peux pas.
Il existe de solides arguments en sa faveur. Personne ne sera contraint de prendre une pilule empoisonnée, les partisans insistent. Le « droit de mourir » s'appliquera uniquement à ceux qui ont six mois à vivre ou moins. Les médecins prendront en compte la possibilité d'une dépression névreuse... Il n’y a pas de risque nous dit-on.
Très bien, mais je reste sceptique. Il y a eu peu de preuves d'abus jusqu'à présent dans les États d'Oregon, de Washington et du Montana ; dans ces trois États la mort médicalement assistée est déjà légale. Cependant, l'abus - que ce soit entre conjoints, enfants ou envers les personnes âgées - est souvent négligé et la preuve est difficile à démontrer. Qui plus est, le Massachusetts a enregistré près de 20.000 cas de maltraitance de personnes âgées dans la seule année 2010.


Mon problème, finalement, est le suivant : j'ai vécu si près de la mort depuis si longtemps que je sais comment mince et poreuse est la frontière entre la coercition et le libre choix et combien il est facile pour quelqu'un, par inadvertance, à vous inciter à se sentir dévalorisé et sans espoir : faire pression sur vous un tant soit peu, mais tout en insistant pour que vous soyez « raisonnable », à alléger le fardeau de votre entourage, à « lâcher prise. »
Peut-être, comme les défenseurs du projet de loi le soutiennent, on ne peut pas comprendre la raison pour laquelle une personne désire que la loi pour suicide assisté soit votée jusqu'à ce que vous avez vu un être cher souffrir. Mais il faut également dire qu'on ne peut pas vraiment imaginer les nombreuses forces subtiles – toujours bien intentionnées, de bon cœur, très gentilles, mais aussi persuasives que le tsunami - qui font surface lorsque votre autonomie physique est irrémédiablement compromise.
Je suis né avec une maladie congénitale neuromusculaire appelée « amyotrophie spinale. » Je n'ai jamais marché ou pu rester debout ou utiliser véritablement mes mains. Environ la moitié des bébés qui naissent avec les symptômes que j'ai ne dépassent pas l'âge de deux ans. Non seulement ai-je survécu, mais l'évolution de ma maladie a considérablement ralenti quand j'avais environ 6 ans ; les médecins sont étonnants. Aujourd'hui, à près de 50 ans, je suis un mari, un père, un journaliste et un auteur.
Pourtant, je suis plus fragile aujourd'hui que je ne l'étais dans la petite enfance. Ne pouvant plus tenir un crayon, j'écris l'article que vous lisez avec un ordinateur à commande vocale. Chaque bouchée de nourriture, parfois chaque respiration, peut devenir une véritable bataille. De plus, il y a quelques années, lorsque à cause d'une erreur chirurgicale je me suis trouvé dans le coma, les médecins se sont sérieusement demandé s'il valait la peine d'essayer de prolonger ma vie. Ils pensèrent que mon existence semblait assez ténue de toute façon. Ils ne savaient rien à propos de ma famille, de ma carrière, de mes aspirations.
Heureusement, ils ont demandé à ma femme, qui sait exactement ce que je ressens. Elle les a convaincus à faire tout ce qu'il fallait faire et à me garder en vie en utilisant tous les moyens nécessaires.
De tout ceci j'ai appris combien il est facile d'être perçu comme quelqu'un dont la qualité de vie est insoutenable, même ou peut-être surtout par les médecins. En effet, je l'entends d'eux tout le temps : « Comment avez-vous survécu si longtemps ? Et bien, vous faites face à de nombreux problèmes ! » - même pendant les consultations de routine et même quand tout ce que je demandai, c'est un antibiotique pour une infection des sinus. Les autres personnes ne me traitent pas de cette façon, mais les médecins se sentent autorisés à rendre des jugements et d'exprimer leurs opinions. Pour eux, je suppose, je dois représenter un échec de leur profession. Pourtant je suis plus que mon diagnostic et mon pronostic.
Ceci n'est qu'une des nombreuses forces invisibles de la coercition. D'autres incluent un certain regard d'épuisement dans les yeux d'un être cher, ou la façon dont les infirmières et les amis soupirent en votre présence pendant que vous cloué sur un lit d'hôpital. Tous ces éléments peuvent jeter une ombre dangereuse de dépression sur même le plus joyeux des optimistes ; une situation que pourraient ne pas comprendre les cliniciens car, pour eux, cela semble tout à fait rationnel.
Et d'une certaine façon, cela est rationnel, étant donné le manque de solutions de rechange. Si personne ne vous veut à une fête, pourquoi devriez-vous y aller ? Les partisans de la loi sur la « mort avec dignité » qui disent que les patients eux-mêmes doivent décider de vivre ou de mourir fantasment. Qui choisit de se suicider sans être influencé ? Nous sommes inexorablement affectés par notre environnement. Les dés sont pipés.
Oui, cela peut paraître paranoïaque. Après tout, la proposition de loi de l'État de Massachusetts propose que la dose mortelle soit « auto-administrée », ce qui pourra alors être défini comme étant l'acte dans lequel le « patient à pris lui-même le médicament. » Vous pourriez vous demander comment cela pourra s'appliquer à ceux qui ne peuvent pas se nourrir – des personnes comme moi, par exemple. De plus, si je comprends la loi, il n'y a rien qui empêchera le patient de désigner une tierce personne pour qu'elle lui administre la pilule empoisonnée. En effet, il n'est pas nécessaire d'avoir une surveillance particulière de l'acte d'ingestion ; personne n'est obligé de voir comment et quand le médicament mortel est donné. À mon avis, cela laisse encore plus de place aux abus.
Certainement, il existe des nobles intentions derrière la « mort assistée » ; cependant, je ne peux pas m'empêcher de me demander pourquoi nous sommes si pressés de garantir le droit de mourir avant d'avoir fait tout notre possible pour nous assurer que ceux qui sont atteints de maladies graves ou incurables reçoivent un bon accueil dans ce monde, la même ouverture d'esprit de respect et les mêmes opportunités que tout le monde.
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Analyse mensuelle : octobre 2012


Le mois qui vient de se terminer n'a pas été le témoin d'une avancée particulière dans les négociations. Du côté palestinien, la demande auprès de l'ONU afin d'obtenir – pour la Palestine – le statut d'observateur est dans toutes les têtes et devrait être faite en novembre. Si les palestiniens atteignent leur objectif, Mahmoud Abbas a promis qu'ils reprendraient les négociations avec les israéliens.


Du côté israélien, tous les esprits sont occupés à préparer les élections de la Knesset (parlement israélien), prévues pour le 22 janvier prochain. Pour l'instant, les sondages semblent indiquer que le gouvernement actuel de Benjamin Nétanyahou devrait être reconduit.
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