mercredi 20 février 2013

Une laïcité ouverte (4)


(Ceci est la troisième partie d'une série d'articles à propos du concept de laïcité ouverte. Afin de lire la troisième partie, cliquez ici.)
Intégrer plutôt qu'assimiler
Parvenu à ce stade de notre réflexion, nous pouvons d'une façon légitime poser la question suivante : « Pour quelle raison devons-nous prêter une oreille attentive aux demandes d'accommodements raisonnables ? » Dit autrement, nous pouvons réfléchir sur les raisons pour lesquels notre société ne devrait pas être prise et acceptée comme elle est, sans que nous soyons obligés de changer.
La raison qui nous demande d'essayer d'accéder aux demandes d'accommodements raisonnables et le respect que nous devons afficher envers tous les citoyens de notre société, peu importe leurs origines, leurs croyances, la couleur de leur peau...
Le respect mutuel est la base d'une vie sociétale dans laquelle la paix doit régner. Ici, il n'est pas question du droit de la majorité face aux minorités (ce qui est le cas, par exemple, lors d'élections), mais plutôt de l'attention que les droits de l'homme, la liberté de conscience... exigent de nous tous.
Ainsi, c'est selon une approche marquée par le compromis que nous devons aborder les demandes diverses de groupes de personnes. Il existe l'idéal et la réalité. Si tout peut être demandé, tout ne peut certainement pas être accordé. Nous avons indiqué précédemment les quatre critères principaux sur lesquels toutes les demandes doivent être étudiées et – le cas échéant – acceptées (coût raisonnable, pas de bouleversement dans le fonctionnement de l'organisme ou de l'établissement, absence d'atteinte aux droits d'autrui et absence de problèmes liés à la sécurité ou à l'ordre public.)
Nous devons toujours penser à minimiser les risques d'aliéner une personne, de marginaliser un groupe d'individus ou de tenir à l'écart certaines personnes qui composent notre société. S'il existait un seul critère pour juger de la valeur d'une démocratie, ne devrait-il pas être celui-ci : l'attention que nous portons aux minorités ? Notre objectif ne doit pas être de forcer ou d'inciter chaque citoyen à vivre selon la volonté de la majorité. Plutôt, notre fierté doit être celle d'accorder à ceux qui sont différents de cette majorité, le maximum d'attention afin qu'ils puissent développer un sentiment d'appartenance au groupe. En peu de mots : nous devons éviter les rejets catégoriques et non justifiés.
L'héritage chrétien en France
Une des raisons qui est souvent donnée pour justifier le refus d'accommodements raisonnables est la suivante : « Notre société a fonctionne de la sorte depuis des siècles, pourquoi devrions-nous changer autant de choses pour certaines personnes ? »
Pour répondre à cette question, nous devons faire référence au concept de « catho-laïcité. » Selon ce concept, la laïcité en France en est une qui prend ses racines dans le passé chrétien de ce pays et qui – sans que ses habitants s'en aperçoivent toujours – prend garde à ne pas bousculer le quotidien des Chrétiens.
De nombreux exemples peuvent être cités afin d'étayer la justesse de ce concept. Nous en citons seulement quelques uns :

  • Les jours de fêtes importants de la religion chrétienne sont fériés en France ;
  • La religion chrétienne n'impose le port d'aucun signe religieux pour les personnes ;
  • Aucun aliment est interdit dans la religion chrétienne ;
  • La mixité n'est pas proscrite par le Christianisme ;

Dans ce contexte, est-il anormal que des personnes qui appartiennent à d'autres religions éprouvent de la difficulté dans leur quotidien ? Sur quelles bases pourrions-nous leur refuser le droit de voir ôter ces obstacles ? La diversification religieuse que la France a connu depuis un siècle doit être pris en compte afin de ne pas créer une catégorie de citoyens qui se sentent opprimés et peu respectés dan leurs croyances religieuses.
Le « problème » musulman
Même si notre réflexion concerne la totalité des citoyens français, nous devons admettre que très souvent, les demandes d'accommodements raisonnables sont le fruit de personnes de religion musulmanes. Les plus récents évènements (port du foulard, prières dans les rues, viande halal...) concernent la communauté musulmane.
Ainsi, devons-nous penser que cette communauté possède certaines caractéristiques qui lui sont spécifiques (exigences de la religion, impossibilité d'atteindre un compromis, moindre désir de s'intégrer...) ? Nous ne le pensons pas.
De fait, si l'on compare la communauté musulmane – ses traditions, sa façon de vivre, les spécificités de sa religion – avec la communauté juive, les différences sont suffisamment nombreuses qui expliquent les raisons pour lesquelles ces deux communautés sont mises devant des défis peu semblables.
Les Juifs religieux respectent d'une façon stricte la non-mixité hommes-femmes dans la plupart des aspects de leur vie. Pour la quasi-totalité d'entre eux, cette réalité représente un obstacle infranchissable quant à leur participation à un système public d'éducation. En d'autres termes : si le débat sur le port de symboles religieux dans les écoles concerne avant tout les Musulmans, c'est que les Juifs religieux n'y envoient pas leurs enfants.
Une femme juive religieuse se couvre la tête, comme le font les femmes musulmanes. Cependant, dans le cas de femmes juives, une perruque est acceptable. Ainsi, malgré la loi française qui interdit le port de signes dans les écoles, une femme juive religieuse peut s'y rendre avec sa perruque sans être remarquée.
Les Juifs possèdent des interdictions plus strictes que les Musulmans en ce qui concerne la nourriture. Ainsi, si un Juif religieux peut manger uniquement les aliments qui lui sont permis, il faut ces aliments aient été préparés et cuits dans des récipients qui n'ont accepté précédemment aucun aliment qui lui est interdit. Cela interdit aux Juifs religieux la possibilité de manger dans les cantines des écoles, les restaurants d'entreprise... Ainsi, nous n'entendons jamais parler de demandes spécifiques de la part de Juifs pour les repas qui sont servis dans les écoles... car ils n'y mangent pas.
Enfin, il existe une différence importante : celle du poids démographique. Si les juifs représentent environ 0,1% de la population française, les Musulmans représentent entre 5% et 8%. Il n'est donc pas étonnant que les demandes d'accommodements soient plus nombreuses de la part des Musulmans que celles qui émanent des Juifs.
Ces exemples – et bien d'autres – démontrent que nous ne devons pas penser à une certaine intransigeance de la part des Musulmans de France, ni à une absence de vouloir adopter les valeurs de la République. Plutôt, nous sommes face à une communauté dont le poids démographique est significatif et qui possède ses propres règles religieuse.
À suivre...
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dimanche 17 février 2013

Une laïcité ouverte (3)


(Ceci est la troisième partie d'une série d'articles à propos du concept de laïcité ouverte. Afin de lire la deuxième partie, cliquez ici.) 
Des problématiques concrètes
Selon la définition – et les applications concrètes – que nous donnons à la laïcité, nous risquons d'imposer un fardeau extrêmement lourd à certains des citoyens français. En guise d'exemple, voici un nombre limité de situations dans lesquelles il n'est pas toujours facile de différencier entre les accommodements raisonnables et ceux qui ne le sont pas :
  • Un responsable d'entreprise peut-il licencier un de ses employés juifs qui ne peut pas travailler le samedi pour respecter le chabath ?
  • Un responsable d'entreprise peut-il licencier un de ses employés chrétien qui ne peut pas travailler le dimanche ?
  • Un employé juif peut-il exiger d'être remboursé par son employeur pour avoir pris un jour de congé le Yom Kippour ?
  • Un policier sikh peut-il être autorisé à porter le turban pendant ses heures de travail ?
  • Une école musulmane peut-elle obliger son personnel enseignant féminin à porter le voile ? Dans l'affirmative, cette obligation doit-elle concerner seulement les enseignantes musulmanes ou peut-elle s'appliquer également à celles qui ne le sont pas ?
  • Des élèves musulmans peuvent-ils être exemptés de cours de musique obligatoires, la pratique de certains instrument de musique étant proscrite selon une certaine interprétation du Coran ?
  • Un médecin peut-il pratiquer une transfusion sanguine sur un enfant dont les parents sont témoins de Jéhovah et s'opposent à une telle pratique ?
  • Les femmes musulmanes peuvent-elles voter en gardant leur voile ?


Parmi cette liste, il n'est plus possible d'ajouter la possibilité pour une femme musulmane de porter le voile dans une école dans la mesure où la loi l'interdit. Pourtant, certains estiment qu'il s'agit d'une injustice.
Une démocratie authentique
Le plus souvent, les lois et les règlements sont pensés et rédigés en fonction de la majorité. Dans certains cas, une loi peut entraîner un préjudice pour une personne ou une catégorie de personnes. C'est pour remédier à cet inconvénient que nous devons aborder la laïcité comme ouverte, c'est-à-dire que sa défense ne doit pas être la source d'une discrimination pour certaines personnes.
Cette approche met en exergue l'égalité pour tous mais en tenant compte des différences. Une démocratie digne de ce nom ne fait pas que s'intéresser à la majorité de ses citoyens. Plutôt, elle accorde un soin encore plus grand à respecter les différentes minorités qui la compose. C'est ce critère qui permet de juger de la véritable qualité d'une démocratie.
Il est tout à fait normal que la loi protège les femmes enceintes, les handicapés, les personnes d'une couleur de peau qui n'est pas celle de la majorité... Dans tous ces cas, le législateur visait l'égalité pour tous, mais savait qu'il fallait la protéger par une loi spécifique à chaque situation. Notons que cette obligation d'accommodement ne se fait jamais au détriment d'autres personnes ; en d'autres termes : le droit d'une personne ne doit pas porter atteinte au droit d'une autre. C'est ce souci d'harmonisation qui doit être constant à notre esprit.
Des critiques négatives
La laïcité ouverte que nous défendons est souvent dénoncée par des arguments qui ne devraient pas être entendus dans un débat public et une démocratie authentique. Les exemples qui suivent sont seulement un échantillon de ce type d'arguments négatifs :
  • Vouloir satisfaire les demandes d'accommodements est impossible car cela nous place dans une situation incontrôlable : celle dans laquelle où tout devrait être accordé.
  • Le processus est à sens unique : c'est toujours la majorité qui doit plier et la minorité qui doit imposer ses choix.
  • Ne pas accepter les normes françaises est faire preuve d'intolérance et d'intransigeance.
  • Ces demandes démontrent une absence de volonté de s'intégrer et le rejet des normes de notre société.
  • Les accommodements mettent en péril notre culture et les fondements de la société française.
  • À cause de religions archaïques, on remet en question le principe d'égalité hommes-femmes, la laïcité de notre pays, alors que la religion devrait être réservée à la sphère privée.
  • Nos valeurs fondamentales sont mises en danger.
  • En tout accordant, nous ouvrons les portes au fondamentalisme et nous laissons intimider.
  • Avec ces demandes, c'est notre humiliation que ces personnes attendent.
Il suffit de lire les échanges au sein de forums et autres débats publics pour révéler la similitude des arguments contre la laïcité ouverte et le rapprochement avec les arguments entendus contre les immigrés et qui proviennent de l'extrême-droite.
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vendredi 15 février 2013

Une laïcité ouverte (2)


(Ceci est la deuxième partie d'une série d'articles à propos du concept de laïcité ouverte. Afin de lire la premièrce partie, cliquez ici.) 
La conciliation
L'entente entre les personnes qui vivent en France nous semble un élément essentiel au bien-être commun. C'est pour cette raison que nous défendons une laïcité ouverte qui est la seule à s'ouvrir vers l'Autre, sans lui demander de porter atteinte à ses convictions internes. Dans la mesure où cette ouverture respecte les critères que nous avons indiqués précédemment, nous ne voyons pas la raison pour laquelle des demandes d'accommodements raisonnables devraient être refusées.
La laïcité de l'État n'est pas une notion en danger. Le nombre est infime de personnes qui désirent voir l'État français dépendre d'une religion, peu importe laquelle. Ainsi, nous devons nous servir de la laïcité pour renforcer la cohésion sociale dans notre pays, plutôt que d'en faire un motif de lutte fratricide. Les Français et toutes les autres personnes qui vivent en France n'ont que faire de combats d'un autre âge et de motifs incessants de discorde.
C'est dans le but d'atteindre cette cohésion sociale marquée par le sceau de la paix que nous devons accepter nos différences, y compris dans le domaine des religions. À l'opposé, c'est le plus souvent par manque d'amour envers leurs compatriotes que certains désirent décider ce qui est acceptable ou pas à faire, même s'ils ne seraient nullement déranger dans leur routine et qu'ils demandent un effort peu raisonnables à d'autres citoyens.
Un racisme qui ne se nomme pas
Le discours pour la défense de la laïcité se confond quelques fois avec le discours raciste. Nous devons prêter attention à ne pas nous rapprocher de thèses que nous abhorrons. Dans le cas contraire, on ne devait pas s'étonner que notre discours de défense soit mal reçu par ceux et celles qu'il vise.
Ce problème est réel et sensible car souvent, c'est la religion musulmane à laquelle nous faisons référence lorsqu'il est question de la sauvegarde de la laïcité et logiquement, les membres de cette communauté peuvent alors se sentir agressés.
Une fois sur ce chemin, d'autres questions peuvent et sont soulevées, qui ne sont pas liées d'une façon directe à la laïcité : qui sont les immigrés qui désirent venir vivre en France ? Sont-ils religieux et cela n'est-il pas un obstacle à leur intégration ? Devons-nous accepter toutes les religions sur notre territoire ou en existe-t-il qu'il est préférable de garder éloignées... On le comprendra : ce type de questions nous rapproche dangereusement de thèses et de certains groupes de personnes avec lesquels nous ne désirons pas être identifiés.
Les domaines d'application
La laïcité ne se vit pas qu'à l'école. Certes, les questions et les défis auxquels nous faisons face dans le milieu de l'éducation est important, mais il n'est pas unique. Dans les secteurs de la santé, des affaires et du sport, cette question doit également être abordée.
Une femme peut-elle refusée d'être examinée par un docteur homme ? Un membre masculin du personnel soignant peut-il refuser de soigner une femme ? Une entreprise doit-elle aménager un espace afin de faciliter la prière de certains de ses employés ? Le restaurant d'une entreprise doit-il proposer des plats kachers ? Un joueur de football peut-il jouer avec une kippa ? Une joueuse de tennis peut-elle porter un voile ? On le voit, la liste est longue des interrogations.
Lorsque nous réalisons que la laïcité englobe la majorité de nos faits et gestes quotidiens, il devient facile de comprendre notre intérêt à chercher à unir plutôt qu'à diviser, à comprendre, plutôt qu'à dénoncer.


La continuité, sans statu quo
Si nous devons débattre de la laïcité en France, c'est que la population qui y réside n'est plus aussi uniforme qu'au siècle dernier. En 1905, lorsque la loi de la séparation entre l'Église et l'État fut votée, on peut assumer que plus de 90% des Français étaient chrétiens ou d'origine chrétienne. De nos jours, la diversité est un fait accompli dans notre société et l'ignorer n'est pas digne de la richesse de notre culture.
Pourtant, nous ne proposons pas de changements importantes dans notre compréhension des rôles théorique et pratique qui doivent être celui de la laïcité. Plutôt, nous proposons les aménagements raisonnables qui doivent être apportés afin que le plus grand nombre de Français puissent vivre à leur guise dans leur pays d'origine ou d'adoption.
Les limites de notre démarche sont ainsi tracées : entre la continuité qui a toujours fait de la France un pays d'accueil et lestatu quo qui ne peu plus durer si l'on tient compte des changements démographiques importants auxquels nous avons assistés depuis près d'un siècle.
Une idée maîtresse doit être présente à l'élaboration d'une laïcité ouverte : celle de recevoir à bras ouverts les différences au sein de la société française. Qu'il s'agisse de culture, de religion ou d'origine ethnique, nous pensons qu'il est préférable de promouvoir l'expression de ces différences dans l'espace public plutôt que d'essayer – sous le couvert de la laïcité – de les dissimuler, de les réprimer ou de les combattre. En agissant de la sorte, ce n'est pas seulement la notion de laïcité ouverte que nous défendons, mais également celle de la justice, de l'équité et de la solidarité.  
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mercredi 13 février 2013

Une laïcité ouverte (1)


(En 2007 au Québec, la Commission Bouchard-Taylor a étudié les différentes conceptions de la laïcité et leurs applications pratiques au sein de la société. Le rapport volumineux (310 pages) de cette commission constitue le fil conducteur de mon texte. Si celui-ci s'en inspire quelques fois fortement, il s'en écarte également. Dans tous les cas, ce qui est proposé correspond à la société française et à ma conception de la laïcité.)
Il existe bien évidemment de bonnes raisons pour ne pas accepter toutes les demandes d’accommodement au sein de la société française. Lorsqu'une demande représente une contrainte excessive, nous avons toutes les raisons de la refuser. On peut regrouper ces raisons en quatre groupes distincts :
  1. Un coût déraisonnable
    Si une institution publique doit engager des dépenses importantes afin de satisfaire les demandes d'un groupe particulier de citoyens, il nous paraît logique de ne pas accepter ces demandes.
  2. Un bouleversement dans le fonctionnement de l'organisme ou de l'établissement
    Si satisfaire à une demande signifie un changement important dans la façon de travailler ou d'organiser les tâches de travail au sein d'un organisme, on ne peut certainement pas demander aux employés un tel écart dans leur routine.
  3. Une atteinte aux droits d'autrui
    Si un certain groupe de personnes se trouverait restreint dans ses droits à cause d'une demande d'accommodement, nous n'avons aucune raison d'accéder à cette demande. Pour quelle raison les demandes d'un groupe devrait priver un autre de ses droits ?
  4. Une atteinte à la sécurité ou à l'ordre public
    Il est certain qu'une demande spécifique qui mettrait en danger la sécurité du public ne peut pas être acceptée. Dans aucun cas nous ne pouvons envisager que la volonté d'un groupe de personnes puisse représenter un danger pour un autre.


C'est pour ces raisons que l'interdiction française des signes religieux à l'école publique représente une conception d'une laïcité restrictive qui n'est pas appropriée. En premier lieu, cette conception attribue à l'école une mission émancipatrice dirigée contre les religions qui ne nous semble pas compatible avec le principe de la neutralité de l'État et de sa séparation avec la religion. De plus, cette interdiction est contraire au processus d'intégration de tous les citoyens de notre société car elle leur demande de mettre en veilleuse leur identité.
À l'opposé de cette laïcité restrictive, nous proposons une laïcité ouverte qui se base sur les principes suivants :

  1. L'égalité hommes-femmes
    Il s'agit d'une valeur fondamentale de notre société. Une demande qui ne remet pas en cause cette valeur doit avoir toutes les chances d'être acceptée. Dans le secteur des soins de santé – où certains soins peuvent avoir un aspect très intime – il semble acceptable d'accéder aux demandes particulières qui remettent en question cette égalité, dans la mesure du possible. Cela est d'ailleurs déjà le cas dans la loi française.
  2. La mixité
    Il s'agit certainement d'une valeur également importante de notre société, mais à un degré moindre que celle de l'égalité hommes-femmes. Pour cette raison, il peut être envisageable d'organiser certains modes de fonctionnement pour lesquels la mixité ne serait pas retenue (par exemple : la répartition des élèves dans une classe, des cours de natation, etc.)


  3. Prières dans les institutions publiques
    Si l'État n'est pas obligé d'instituer des lieux de prière permanents au sein des institutions publiques, il semble raisonnable d'autoriser la prière dans des locaux non occupés ou dans des locaux dans lesquels une prière d'une durée raisonnable de gênerait pas le fonctionnement d'une institution.
  4. Interdits alimentaires et signes religieux
    Ceux-ci doivent être respecter en tenant compte des quatre conditions qui ont été mentionnées plus haut. Il en va de même pour le port du foulard islamique, de la kippa ou du turban. Également, le port du foulard dans les compétitions sportives doit être accepté, s'il ne compromet pas la sécurité de qui que ce soit.
  5. Protection des droits
    Les demandes d'accommodement dont l'objectif est des protéger des droits devraient être acceptées. Ainsi, les demandes de congés religieux non chrétiens nous semblent légitimes parce qu'ils corrigent une situation d'inégalité.   
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mardi 27 novembre 2012

État et financement de manifestations religieuses


(En 1905, lors des débats à l'Assemblée Nationale à propos de la séparation de l'Église et de l'État, le député Paul Lerolle exprima son opinion. Ce qui suit est un court extrait de son discours.)
« Pourquoi l'État, qui trouve dans un budget toujours grossissant les sommes nécessaires pour subvenir à toutes sortes de dépenses, même aux subventions des théâtres – dont ne jouit qu'un petit nombre – pourquoi l'État (…) ne trouve-t-il pas de quoi fournir le moindre subside aux cultes ? »
« Pourquoi l'État ferait-il aux âmes croyantes cette injure de leur dire qu'ayant le souci de tout ce qui est humain, il veut ignorer ce qui leur paraît, à elles, l'intérêt supérieur de leur vie ? »
« Je crois que cela n'est dans le droit d'aucun État, surtout démocratique. D'ailleurs, cette prétendue indifférence des choses religieuses, cette ignorance absolue qu'on voudrait ériger en principe, en réalité est-elle possible ? »


« Oh ! Je sais bien que lorsqu'on parle en doctrine pure, quand on reste dans le domaine des théories, il est facile de séparer le domaine public et le domaine privé, d'élever des barrières infranchissables entre le spirituel et le temporel. Permettez-moi de vous dire cependant – et l'expérience le prouve – que si l'on descend dans les réalités, ces distinctions sont subtiles et les différences s'atténuent. »
« Si le spirituel et le temporel agissent et doivent agir dans des sphères différentes, ils opèrent pourtant sur un même sujet qui est l'homme ; il y a entre eux des contacts nécessaires, inévitables. »
« Vous dites que la religion sera exclusivement du domaine privé. C'est méconnaitre à la fois la nature de l'homme et l'essence de la religion. La religion n'a pas seulement sa source dans le cœur de l'homme individuel ; elle répond aux besoins de l'homme tout entier, tel qu'il est constitué par la nature : de l'homme individuel, de l'homme familial, de l'homme social. »
« Lorsqu'une pensée profonde de religion a pénétré un homme, elle domine dorénavant et dirige toute sa vie ; elle l'oblige à des manifestations d'une multitude, peut-être de la majorité d'un pays. Je défie l'État de les ignorer ou d'y rester indifférent. »
« Il faut alors nécessairement, entre ces deux pouvoirs qui tiennent l'homme par une double autorité, entre l'Église et l'État, une entente qui prévienne ces heurts, ces conflits, qui règle d'avance la façon dont ils pourraient être apaisés ; sinon, vous aboutirez au conflit perpétuel, à la guerre nécessaire et pour le mal de tous, car si l'Église arrive à absorber l'État, c'est une théocratie dont personne ne voudrait et si l'État absorbe l'État, c'est l'oppression détestable des consciences. »
(Dit autrement, le député Paul Lerolle aurait aimé qu'un État qui finance la culture – et on peut rajouter de nos jours : les sports – ne se sente pas indifférent à ce qui touche de près l'âme d'un nombre important de ses citoyens. Personnellement, voilà une opinion que je partage : peu importe si je suis croyant ou pas et peu importe les religions. Une messe peut – aussi – avoir la même importance qu'un match de football. Pourtant, l'histoire en a décidé autremment.)
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vendredi 23 novembre 2012

Le bien-vivre ensemble


Commentaire d'Annie Stasse, suite à la parution d'un article : « Je suis une vieille bonne femme féministe depuis les années 50 ou 60 dans ma tête, 70 quand ce fut l'occasion de la clamer plus fort. Le voile (pour les femmes musulmanes) a ce rappel pour moi. Une enfermement de la femme. Donc, vous avez compris, j'ai du mal à supporter. »
« Je voyage depuis l'âge de 4 ans. J'ai fait connaissance avec le Maghreb années 60. Puis j'ai pris connaissance à l'occasion de l'intervention de l'URSS en 79/80 de la condition des femmes en Afghanistan… avec horreur. Quand je vois des voisins avec barbes et "robes" ça me dérange. Les femmes sont en noir totalement recouvertes. J'ai du mal à les regarder. »
« J'ai eu à porter une croix. Je la cachais sous un pull ou corsage. Bien qu'à l'époque le catholicisme était majoritaire. J'ai du mal aussi à comprendre les gens qui mettent leurs gosses dans des écoles non laïques, qu'ils soient catho ou juifs…… Ils se mettent à l'écart des autres. Alors maintenant vous avez quoi à me reprocher ? Au fait je suis athée depuis un bail. »
Annie, en quelques mots, vous avez fait l'inventaire non exhaustif des situations dans lesquelles les différences entre une personne athée et une personne croyante sont flagrantes. Au-delà de cet aspect de notre vie – laïcité-religion – la liste est longue des différences que nous rencontrons dans notre quotidien. Cela commence chez nous, lorsque notre conjoint nous oppose un « non » inattendu. Cela continue avec nos enfants qui sont très ingénieux à faire l'exact opposé de ce que leur demandons. Au travail, ce sont nos collègues qui ne sont pas toujours conciliants, sans parler de notre patron. Dois-je rajouter notre banquier, le guichetier à la poste, notre voisin ? D'autre part, le plus puissant de nos opposants n'est-il pas notre propre ego ? Combien de fois nous sentons-nous pas assez intelligent, trop timoré, pas assez cultivé... ?
L'unicité n'est pas de ce monde. Avec notre première respiration, nous avons amené la séparation, le noir et le blanc, la vérité et le mensonge... En naissant, nous entrons dans un monde d'oppositions. Avec la mort, nous entrons de nouveau dans celui du « un », de l'absence totale du contraire. Entre les deux, nous restons quelques années sur terre. Il nous revient de faire de ce passage un moment de joie ou d'énervement.
Ainsi, votre statut de personne athée n'est certainement pas un obstacle au bien-vivre de croyants dans votre environnement ; l'inverse est également vrai. Dans les deux cas, vous êtes une facette unique de ce monde et vous tenez le rôle que vous êtes libre de choisir. L'Autre joue également un rôle : celui qu'il a choisi. Peut-on logiquement s'attendre que ces deux rôles soient en tous points semblables ?


Si vous avez décidé de vivre sans religion, les personnes croyantes doivent-elles vous le reprocher ? Certainement pas ! De même, un non-croyant de devrait pas juger d'une façon négative ceux et celles qui croient. À chacun à sa vie, à chacun son chemin. N'est-ce pas cela qui forme une société pleine de vigueur : la diversité de ses membres ?
Je n'ai pas de mal à regarder une femme entièrement voilée. Je n'en ai pas non plus à regarder une autre à peine vêtue. Chacune à choisit sa voie et je ne me donne aucune – vraiment aucune – raison d'en juger plus favorablement une par rapport à l'autre. Suis-je le juge de l'humanité ?
Ma vie, mes choix et mes préférences ne concernent que moi. La frontière doit être imperméable à toute forme de jugement à l'égard de l'Autre. Nous avons déjà des milliers de lois (dans le Code civil) et principes généraux (Déclaration universelle des droits de l'homme, de la tolérance de l'UNESCO...) qui nous gouvernent. N'est-ce pas suffisant ? Aussi longtemps que l'Autre ne me force pas à le suivre, pour quelle raison devrais-je juger que ma façon de vivre est plus : intelligente, tolérante, ouverte... ?
Si j'ai du mal à regarder quelques chose, c'est plutôt à la violence conjugale que je pense ; également, la violence faite aux enfants m'est insupportable. Nos hommes et femmes politiques – dans leur immense majorité – me sont aussi plus difficiles à regarder qu'une femme voilée. Leurs mensonges à notre égard, leur mesquinerie et leur orgueil me sont pénibles. Qu'une femme décide de se voiler fait partie de notre privilège de démocrates. Désirons-nous changer de système et vivre dans une société plus restrictive ? Pas moi. en tout cas.
Si des catholiques ou des juifs préfèrent mettre leurs enfants dans des écoles religieuses, je ne trouve pas cela différent de ceux qui les mettent dans les écoles laïques de la République. Dans les deux cas, les parents font le choix qu'ils pensent être le meilleur. Avons-nous l'obligation de vivre tous ensemble, de penser la même chose ?
Si une personne vous reproche d'être athée, elle n'a rien compris à la vie en société. Faisons attention à ne rien reprocher aux croyants : pour le coup, c'est nous qui n'aurions rien compris. La France ne m'appartiens pas, elle n'est pas ma chasse gardée. C'est parce que nous aimons l'être humain que nous pouvons bien vivre ensemble.
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vendredi 19 octobre 2012

Une laïcité pour le citoyen... tous les citoyens


Pousser l'autre dans un coin ; le pousser pour qu'il se sente étranger, malvenu. Pointer du doigt celui qui ne pense pas comme nous – dans les domaines qui nous dérangent et nous interpellent – et ne parle pas, ne s'habille pas, ne croit pas... comme parlaient, s'habillaient et croyaient nos parents et nos grands-parents.
Cerner « le problème » afin de l'identifier et assurer le monde de notre bonne foi en proclamant que « le problème, c'est lui ! » Poursuivre nos réflexions et « évoluer » d'une façon qui ne modifiera en rien notre façon de faire, d'agir et de vivre.
Il existe une multitude de processus qui permettent de dire à l'Autre que nous ne l'aimons pas. La façon directe (« Je ne t'aime pas ! ») est rarement acceptable en public, en politique. Alors, nous agissons de la sorte à aboutir à nos fins, sans l'avouer honnêtement.
Lors des débats à l'Assemblée Nationale qui précédèrent le vote sur la loi contre le port du foulard dans les écoles, les mots « arabes » ou « islam » ne furent pas prononcer une seule fois. Tous et toutes savaient pourtant très bien qui il était question de viser par cette loi : les femmes musulmanes. Celui qu'on n'aime pas avait disparu dans le discours, même si on ne parlait que de lui.
On juge les démocraties sur l'attitude de la majorité par rapport à la minorité. C'est pour cette raison que le printemps arabe nous inquiète. D'une part, nous devons accepter sans difficulté le choix des sociétés arabes à choisir leur chemin, même s'il s'avère très différent du nôtre. En même temps, nous devons garder un oeil attentif sur le traitement des personnes de ce pays qui ne s'identifient pas aux choix de la majorité : minorités religieuses, arabes non croyants ou non pratiquants...
En France, la religion d'un individu ne devrait jamais être présentée comme étant un problème. Entrer dans les écoles publiques la tête nue, avec une kippa ou un foulard, ne devrait pas être interdit. Ce qui devrait l'être – et l'est déjà – c'est la violence, le racisme, l'antisémitisme. Au-delà, chaque individu devrait vivre comme il ou elle l'entend, sans limite aucune.


La laïcité de l'État est une avancée merveilleuse aussi longtemps qu'elle permet à chaque individu de vivre pleinement sa vie d'athée ou de croyant. En Arabie Saoudite, les jeunes filles ont l'obligation de se couvrir la tête pour aller à l'école. Quelle stupidité ! Que penser de la France où elle sont obligées d'avoir la tête découverte ? Dans les deux cas, la majorité impose sa volonté d'une façon malvenue et ridicule. Dans les deux cas, on pointe l'Autre en lui disant que nous ne voulons pas de lui.
La laïcité doit être celle des institutions de l'État qui : 1) ne doit recevoir ses ordres d'aucune autorité religieuse et 2) ne doit favoriser aucune religion par rapport à d'autres. La limite est dépassée lorsqu'on milite pour la laïcité de l'individu : une femme musulmane ne peut pas se rendre dans les écoles publiques françaises, un étudiant juif ne peut pas se rendre à un examen de fin d'année... car programmé un samedi...
Il est important d'assurer la laïcité de l'État, mais il est cruel de favoriser la laïcité des individus. Il est primordial qu'un juif et un musulman croyants en Dieu puissent être élus à l'Assemblée Nationale et même au poste le plus élevé de notre République, mais il est tout aussi important que leurs enfants puissent se rendre dans nos écoles.
La France n'est plus remplie à 99% de chrétiens. La réalité du monde moderne peut déranger certaines personnes, mais elle ne s'honorent pas à vouloir poser des obstacles dans la vie des personnes qui ne leur ressemblent pas. La France appartient à ses citoyens, à tous.
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mercredi 17 octobre 2012

La morale à l'école ? Une fausse bonne idée


(Je vous propose un texte écrit par Damien Theillier - professeur de philosophie à Paris - qui résume en quelque sorte ce que je pense du nouveau projet du gouvernement)
Dans le climat d'angoisse provoqué par la crise éducative, il est fréquent d’en appeler à l'Âge d'or des hussards noirs de la République. C’est ainsi que le 29 août dernier, Vincent Peillon, ministre de l’Éducation nationale et auteur de Jean Jaurès et la religion du socialisme (2000) et Une religion pour la République, la foi laïque de Ferdinand Buisson (2010), annonçait son intention d'instaurer « une morale laïque (...) du plus jeune âge au lycée ». Rappelons que la morale à l'école fut instaurée en 1882 par la IIIe République, avant d’être supprimée en 1968, puis timidement rétablie à l’école primaire dans les années 1980.
Dans un entretien au Journal du dimanche, le ministre souligne que la morale laïque ne doit pas s’apparenter à l’« ordre moral » ou à l’« instruction civique »: « Le but de la morale laïque est de permettre à chaque élève de s’émanciper, car le point de départ de la laïcité c’est le respect absolu de la liberté de conscience. Pour donner la liberté du choix, il faut être capable d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel, pour après faire un choix », précise-t-il.

(Vincent Peillon, ministre de l'Éducation nationale)
 On voit ici que la question de la liberté est au coeur du débat. Il faudrait donc notamment arracher les enfants à l’influence de leurs parents et les convertir aux valeurs républicaines, prétendument universelles, pour les rendre libres. Mais qu’en est-il du déterminisme et de l’ingérence politique? Ne faut-il pas aussi et surtout arracher les enfants à la tutelle de l’État? Le projet républicain d’uniformisation des consciences par l’école d’État est-il compatible avec le respect de la liberté de conscience?
Républicains et libéraux

Depuis 200 ans, à la suite de Jules Ferry, les républicains se disent partisans de la liberté par l’enseignement, c’est-à-dire par l’émancipation à l’égard des traditions et des dogmatismes.

Descartes tient une place particulière dans les origines de l’idée républicaine (voir sur ce point Claude Nicolet, L'Idée républicaine en France, 1789-1924, Gallimard, Tel, 1994, p. 54-55). On en a un bon exemple sous la plume de Condorcet (Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, 1794). Pour Condorcet, tout homme est doté d'une « raison » que Descartes appelle aussi « bon sens », c’est-à-dire la capacité de comprendre suffisamment le monde pour se guider soi-même dans sa vie tant privée que publique. C'est cette faculté qui fait la dignité de l'homme. C'est elle qui permet aux disciples de Descartes de récuser le « sujet » de la monarchie ou de l’Église, dépendant et soumis, pour constituer le « citoyen » de la République, autonome et responsable. En conséquence, la politique éducative républicaine consistera à concevoir l’école, et l’enseignement de la morale, comme un service de l’État, lui-même conçu comme l’incarnation de la Raison. Cette conception repose sur une double assimilation: celle de la vie culturelle à l’État et celle de l’État à la Raison.

Au contraire, pour les libéraux, la vraie liberté, c’est liberté de l’enseignement, c’est-à-dire le libre choix par les parents de l’école qui correspond à leurs convictions profondes.
Les libéraux défendent l’État minimal lockien car la vie sociale comprend une dimension morale et culturelle qui, en tant que telle, est indépendante de l’État. Pour eux, l’école n’a pas vocation à être au service de l’État. La science est universelle, l’État est toujours particulier. Lier l’école à l’État, c’est mettre en danger la liberté de l’esprit, en liant la science ou la morale à une idéologie particulière, celle de la république laïque par exemple, avec l’égalité réelle, le solidarisme, etc.
La tutelle de l’État sur l’école sous Jules Ferry pouvait s’expliquer en raison de la polémique antichrétienne. Il s’agissait d’arracher l’éducation à la tutelle de l’Église. Au XIXe siècle, l’Église pouvait apparaître comme un principe d’obscurantisme et de dogmatisme. Mais aujourd’hui n’est-ce pas l’école d’État qui représente tout à la fois le dogmatisme et l’obscurantisme? Un système éducatif monopolistique comme le nôtre empêche les parents de choisir l'éducation de leurs enfants et interdit aux chefs d'établissement et aux professeurs de dispenser un enseignement original. Or, une éducation aussi centralisée est contradictoire avec l’idée même de liberté. Si c’est l’État qui forge l’opinion des citoyens, il n’y a plus de contrôle de l’État par les citoyens et c’est le despotisme politique. 
L’indispensable concurrence scolaire

La liberté de choisir ses programmes d’enseignement n’est donc pas seulement une exigence tenant aux droits individuels, c’est aussi une condition sine qua non du fonctionnement de la démocratie elle-même. L’école se doit d’être un contre-pouvoir face aux idéologies politiques du moment et à l’ingérence étatique. Par ailleurs, l’enfant n’est pas une création de l’État. Ses parents ont la responsabilité de le guider dans la vie et ils ont donc le droit de choisir une école qui corresponde à leurs idées éducatives, à leurs espoirs pour le caractère et l’avenir de leurs enfants.

Ce qu'il faudrait aujourd'hui, c'est une situation qui rendrait impossible la soumission de l’école à une tutelle unique, quelle qu'elle soit, c'est-à-dire une situation de concurrence. Il faudrait rendre aux parents la liberté d’accomplir leur mission essentielle. À eux de choisir l’éducation qui convient pour leurs enfants.

Ce sont en effet les libres associations d'individus et la pluralité des offres pédagogiques, qui permettent l'adaptation des écoles à ce qui est vraiment souhaité par les individus. La concurrence fait émerger des solutions privées de bien meilleure qualité que les services publics. Car la concurrence favorise la correction continue des erreurs et des abus de toutes sortes en faisant jouer la compétition entre plusieurs centres de décision, notamment au niveau local.

Bien sûr, certains ne manqueront pas de s’inquiéter: si l’État autorise la création d’écoles libres fondées sur des convictions religieuses ou philosophiques, comment éviter le déferlement d’écoles sectaires ou fanatiques? À cela nous répondrons qu’une école libre n'est pas une enclave bénéficiant d'un droit d'extra-territorialité: le droit commun s'y applique.

D’autres feront le procès de l’économisme et dénonceront l’asservissement des écoles libres au capitalisme, la constitution d’une école pour les riches, etc. Pourtant, une étude de l’IFRAP, issue des données statistiques du ministère de l’Éducation nationale, fait apparaître que l’enseignement public serait entre 30 et 40% plus cher que le système dit « privé », même en intégrant les dépenses des familles, pour des résultats sensiblement similaires – voire meilleurs – dans le « privé ». En effet, un élève du premier degré dans le privé coûte au total entre 3900 et 4200 euros par an, dont 400 à 700 euros apportés par les parents, contre un coût total de 5470 euros pour les écoles publiques.

Enfin, un système de concurrence scolaire n'a rien d'utopique. Il existe partiellement au niveau de l'enseignement supérieur, avec les grandes écoles, les universités libres, les écoles privées soutenues par les entreprises ou les chambres de commerce. Ces écoles choisissent leurs programmes et délivrent leurs propres diplômes. Or ce système marche. Ne serait-il pas temps de s’en inspirer au niveau des enseignements primaire, secondaire et technique?
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dimanche 30 septembre 2012

Laïcité française et le reste du monde


Une étude récente (Global Index of Religion and Atheism, Win-Gallup International) permet de comparer les notions de religion et d'athéisme chez les individus telles qu'elles sont perçues en France et dans le reste du monde. Si l'on entend souvent parler en France de la place de la religion et de la laïcité, le plus souvent, nous ne savons pas de quelle façon sont partagées ces notions dans les autres pays de la planète : à l'extérieur de la France, les individus se disent-ils plus religieux ou plus athées ?

La France dans le top des pays athées
La question suivante fut posée « Sans tenir compte du fait si vous êtes allé(e) ou non dans un lieu de prière, diriez-vous à propos de vous-mêmes que vous êtes une personne religieuse, non religieuse ou athée ? » dans quarante pays.
En prenant en considération tous les pays, on parvient à une moyenne de 7% de personnes qui déclarent athées. Les six pays dans lesquels cette proportion est la plus élevée sont les suivants :


Si l'on s'intéresse plus particulièrement à la situation en Europe, on relève les chiffres suivant :


D'autre part, les pays dans lesquels la proportion d'individus qui se déclarent « non religieux » est la plus importante sont les suivants :


Si l'on s'intéresse plus particulièrement à la situation en Europe, on relève les chiffres suivant :


Baisse du sentiment de religiosité 
Il est également intéressant de relever la variation du sentiment d'appartenance religieuse dans chaque pays. Si l'on compare l'évolution de ce sentiment entre les années 2005 et 2012, les six pays dans lesquels il a le plus fortement baissé sont les suivants :


Si l'on s'intéresse plus particulièrement à la situation en Europe, on relève les chiffres suivant :

Augmentation de l'athéisme
D'autre part, les pays dans lesquels la proportion d'individus qui se déclarent « athées » a le plus progressé sont les suivants :


Si l'on additionne (pour l'Europe) la proportion d'individus qui se déclarent non-religieuses avec celle qui se déclarent athées, on obtient les résultats suivants :

Conclusion
On peut supposer que si le débat à propos de la laïcité tient une place si importante en France, c'est que le nombre de français qui se déclarent athées ou non-religieux est significatif. De fait, la France est le pays en Europe où cette proportion est la plus importante.
On dit souvent qu'on mesure la qualité d'une démocratie au traitement qu'elle réserve à ses minorités. Ainsi, il est primordial que le gouvernement français assure aux minorités croyantes (chrétienne, musulmane, juive...) les droits qu'elles doivent avoir et que la liberté de conscience ne soit pas remise en question.   
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